Portraits croisés : Barbara Ferry et Dominique Grandjean

Portraits croisés : Barbara Ferry et Dominique Grandjean

Chargée de recherche au Centre de Recherche en Neurosciences du CNRS de Lyon, le docteur Barbara Ferry étudie les capacités olfactives du chien. Ses travaux, notamment soutenus par la Société Centrale Canine, portent sur la mise en évidence des processus sensoriels impliqués dans l’identification d’odeurs complexe (en particulier les odeurs humaines) mais ont aussi pour but la compréhension du lien entre mémorisation olfactive et apprentissage. Afin de nous aider à mieux comprendre les capacités olfactives de l’espèce canine, le docteur Ferry a accepté de répondre à nos questions.

– En tant qu’être humain, il nous est difficile de nous rendre compte de la façon dont nos chiens perçoivent leur environnement, notamment car nous faisons souvent beaucoup d’anthropomorphisme avec nos animaux de compagnie. Pourriez-vous nous décrire le rôle de l’odorat d’un chien dans sa perception du monde ?

On pourrait dire que le chien perçoit le monde à travers son odorat. Les recherches menées depuis une quinzaine d’années sur ce sujet ont permis de montrer que les capacités du chien d’aujourd’hui à détecter et identifier les odeurs résulte du fonctionnement complexe et très élaboré de son organe sensoriel périphérique ainsi que de ses aptitudes à l’apprentissage et sa grande mémoire, qui sont le résultat de cette formidable évolution. Grâce à son exceptionnelle acuité olfactive, le chien perçoit l’odeur de ce qui l’environne bien avant qu’il ne voie l’objet dont elle émane. Le chien est par ailleurs capable de localiser la source de cette odeur, même si celle-ci est présente en infime quantité.

 

– Concrètement, que peut déceler l’odorat de mon chien ? Par exemple, grâce à son flair mon chien est-il capable de savoir que je suis passée à 200 mètres de la maison durant ma journée de travail ou les émotions que j’ai ressenties ?

Les odeurs sont représentées par un mélange complexe de molécules chimiques qui sont présentes en suspension dans l’air. Grâce à ses 250 millions de cellules réceptrices appartenant à 880 types différents, le chien de distinguer des milliers d’odeurs. Mais toutes n’ont pas la même pertinence pour lui, et ce n’est pas parce qu’il ne montre pas de réaction vis-à-vis de certaines odeurs qu’il ne les perçoit pas.

Si vous passez à 200 mètres de votre maison durant votre journée de travail, il y a peu de chances que votre chien, qui sommeille sur le pas de votre porte montre une réaction. En effet pour qu’il montre une réaction de reconnaissance, il faudrait que le vent apporte, sans le diluer, l’ensemble du mélange représentant votre identité olfactive et qui est composé de centaines de molécules organiques volatiles qui la composent.

Quant aux émotions que vous avez pu ressentir, là-aussi, certaines auront une pertinence pour votre chien. Si vous êtes stressée par exemple, votre chien sera peut-être capable de le détecter et de montrer une réaction comportementale. Mais là-encore, je pense que 200 mètres est une distance bien trop importante pour qu’il puisse avoir accès à cette information dans son intégralité.

 

– Quelle est l’influence de la race de mon chien sur ses capacités olfactives ?

Je ne sais pas dans quelle mesure on a pu montrer que certaines races de chiens sont « meilleures » que d’autres dans les tâches de détection olfactives et je n’ai pas de références bibliographiques faisant état de différences statistiquement significatives dans le nombre des récepteurs olfactifs ou dans l’efficacité du flair entre les différentes races de chien. Au départ, sauf preuve du contraire, tous les chiens ont une grande capacité de détection olfactive. En revanche, certaines races se prêtent mieux à la formation de recherche d’odeurs que d’autres, parce qu’elles présentent des caractéristiques dans leur gabarit, leur caractère, leurs capacités d’apprentissage ou de mémorisation et d’attention qui faciliteront leur formation en salle. D’autres races, représentées par les chiens de chasse ont une excellente capacité de pistage d’odeurs mais sont incapables de travailler dans des milieux clos (Saint Hubert, Basset Artésien). Dès lors et pour finir, je dirais qu’il est facile de généraliser mais n’oublions pas que de grandes différences inter-individuelles existent et l’on peut trouver des champions de la détection olfactive et aussi de mauvais détecteurs au sein de chaque race !

 

– Comment apprend-t-on à un chien à détecter une odeur en particulier ?

Même si les procédures utilisées au cours des formations sont propres à chaque spécialité, le principe sur lequel repose le dressage des chiens de détection consiste toujours en un apprentissage simple de type « odeur cible – récompense ». Très rapidement, le chien montre un réel plaisir à effectuer la tâche. Mais surtout, il apprend aussi très vite les règles du jeu consistant à « marquer » l’odeur cible pour obtenir la récompense. En fonction du type de spécialité de dressage, la procédure d’entrainement se complexifie de manière à augmenter la sensibilité olfactive du chien.

 

– En pratique, à quoi sont employés les chiens de détection ?

A partir du moment où le mélange de composés organiques volatile est émis à un seuil détectable par le nez du chien, que la nature de ce mélange est comparable d’un échantillon à l’autre et qu’elle est propre à la cible recherchée, il est possible de conditionner un chien à le détecter. Les domaines dans lesquels les chiens de détection peuvent être employés sont multiples et très variés, allant de la détection médicale (cancers, diabète, stress…), à la détection de stupéfiants ou d’explosifs auprès des forces de secours et de sécurité, en passant par la recherche de personnes ou même la détection de la présence de nuisibles (Cochenille de la vigne, punaises de lit…).

 

– Détecter des virus ou des infections virales chez des personnes grâce à des chiens de détection, est-ce possible ou est-ce une utopie ?

Il nous manque des données aujourd’hui pour être sûr que ce n’est pas une utopie, mais en tous les cas, c’est un beau challenge ! Au vu des données de la littérature, rien ne s’oppose à cette possibilité. On trouve quelques articles montrant que les chiens sont capables d’identifier des patients infectés par certaines bactéries sur la base des  biomarqueurs spécifiques présents dans leurs selles, dans leurs urines ou dans leur haleine, en revanche, il y a très peu de travaux montrant qu’il est possible de former les chiens à identifier la présence d’une infection virale chez l’homme. Les deux seules études publiées sur ce sujet à ma connaissance ont montré que les chiens peuvent détecter la présence de biomarqueurs odorants émanant de cultures de cellules infectées par le virus bovin BVDV (virus bovin de la diarrhée) et, concernant l’organisme vivant, des biomarqueurs odorants spécifique au virus H1N1 chez l’oiseau.

 

Tout d’abord, on ne sait pas si chaque infection virale donne lieu à l’expression de composés organiques volatiles (COV) spécifiques que l’on pourrait retrouver chez tous les patients atteints d’un même virus. Ensuite, l’odeur corporelle d’un être humain est composée de centaines de molécules différentes. Selon moi, et ce qui sera le plus difficile à obtenir de manière fiable et reproductible, c’est un marquage spécifique de l’odeur émise chez un individu lorsque celui-ci est infecté par un virus, car rien ne nous dit aujourd’hui que le métabolisme des cellules infectées par un virus particulier chez l’homme exprimeront des COV qui seront similaires d’un individu à l’autre… Avant de répondre à cette question, il faudra donc procéder à de nombreux essais effectués en double aveugle. Cela prendra sûrement du temps mais le flair exceptionnel du chien mis à la disposition de bons professionnels cynotechniques en France est la recette idéale pour avancer vite et je ne serais pas étonnée d’en entendre parler prochainement !

Le professeur Dominique Grandjean, vétérinaire en charge de l’Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport (UMES) à l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort (EnvA) et chef du service vétérinaire de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP), a initié en France les premiers essais visant à entraîner des chiens à la détection de personnes atteintes du Covid-19. Il a accepté de répondre à nos questions pour nous présenter ce projet novateur.

 

– Des chiens de détection de personnes atteintes du Covid-19, c’est possible ?

A la base, il s’agit du projet Nosais développé par l’UMES, pour la détection médicale des cancers et de la maladie de Parkinson par des chiens. Mais des travaux très prometteurs de l’Université d’Auburn (USA) ont montré la capacité du chien a mettre en évidence chez les bovins l’infection virale responsable de la maladie des muqueuses. Alors pourquoi le chien ne pourrait-il pas reproduire la même chose chez l’homme, concernant l’infection au SARS-CoV-2 ? En tout cas, nous, on y croit.

A l’instar de ce que nous faisons, d’autres projets similaires se montent à travers le monde, mais ces équipes travaillent sur d’autres types de prélèvements, comme de l’air expiré ou des masques, ou bien des prélèvements d’urines ou de salive. Nous préférons travailler à partir de la sueur de personnes infectées, qui ne comporte quant à elle pas d’excrétions virales.

Actuellement, les essais ont démarré sur trois site, à Maisons-Alfort, à Ajaccio et à Beyrouth (Liban). Ces chiens vont particulièrement intéresser les aéroports ainsi que la police de l’air et des frontières.

 

– Comment collectez-vous les prélèvements que vous utilisez pour former les chiens ?

Afin que les chiens apprennent à s’arrêter uniquement sur les prélèvements issus de personnes infectées par le SARS-CoV-2, il est nécessaire que les prélèvements proviennent de personnes présentant des symptômes du Covid-19, qui ont été testés positifs par PCR (c’est-à-dire porteur du virus) et qui n’ont reçu un traitement médical que depuis au plus 24 heures. Parallèlement, il nous faut également des prélèvements « contrôles » de personnes non infectées.

Actuellement, nous travaillons avec l’hôpital Bégin (94) et bientôt avec l’hôpital Antoine-Béclère (92) ainsi que d’autres centres hospitaliers de la Seine-et-Marne (77), en Corse et au Liban. Nous avons pu obtenir 50 prélèvements de personnes infectées, mais c’est malheureusement encore insuffisant. D’autant, plus qu’il est essentiel que les chiens comparent les odeurs provenant d’un même centre hospitalier car il est nécessaire que tous les chiens se figent sur une effluve commune qui n’est pas liée aux hôpitaux. Ainsi, le nombre de prélèvements dont nous avons besoin est très important et c’est à l’heure actuelle le plus gros facteur limitant à l’avancement du projet car nous devons en amont obtenir certaines autorisations pour avoir accès à ces prélèvements afin de respecter les normes de sécurité.

 

– Que détectent les chiens concrètement ?

Les chiens ne peuvent pas détecter les anticorps développés par le système immunitaire, car les molécules sont trop grosses pour les récepteurs olfactifs. Par contre, nous pensons qu’ils sont capables de déceler les résidus issus des chaînes métaboliques de réplication du virus lors de l’infection de l’organisme. C’est pourquoi le but du projet est de former les chiens à mettre en évidence des individus porteurs du virus.

 

– Où en êtes-vous du projet ?

Le premier résultat positif pour nous est que les chiens nous ont montré qu’ils existe bien une effluve spécifique chez les personnes infectées. Il nous est arrivé que tous les chiens s’arrêtent sur une odeur qui était marquée négative suite à l’analyse PCR et que l’équipe demande à l’hôpital de vérifier ce résultat : en refaisant l’analyse PCR, il s’est avéré que le prélèvement était en fait positif.

Je dirais que nous sommes à mi-chemin de la phase de formation des chiens. Lorsque les chiens seront suffisamment bien formés à la détection d’odeur sur les prélèvements de personnes infectées, la phase suivante consistera à passer de la détection sur support de prélèvement à la détection sur individu humain.

 

– Quels types de chiens utilisez-vous ?

Nous employons des chiens habitués au travail en ligne, notamment des chiens de DiagNose (Marne) détecteurs d’explosifs et exerçant sur les bagages en soute ou les containeurs de transport aérien. Les pompiers de Seine-et-Marne ont également mis 5 chiens de recherche de personnes sur le projet. Néanmoins ceux-ci ont besoin de s’adapter pendant 8 à jours au format de détection qu’on leur demande. Heureusement, nos maîtres cynophiles sont très qualifiés et savent comment s’y prendre pour aider les chiens à s’adapter rapidement.

Concernant les races, il s’agit essentiellement de chiens de Berger belge ou de Berger allemand, un Cursinu est également entraîné à Ajaccio. Mais cela pourrait être n’importe quelle race, des chiens croisés sont d’ailleurs entraînés à Beyrouth.

Attention à ne pas croire pour autant que tous les chiens détecteurs sont nécessairement de bons candidats : un chien habitué à détecter du clou de girofle (ou n’importe quel aliment par exemple) risquerait de se figer sur des odeurs qu’il connait, et donc de détecter comme positif un prélèvement en fonction de ce que la personne a mangé. C’est pourquoi les chiens détecteurs d’explosifs sont privilégiés, il ne peut pas y avoir d’explosifs dans la sueur !

 

Propos recueillis par le docteur Ambre Jaraud-Courtin

E-learning : 4 modules pour comprendre la couleur de robes

E-learning : 4 modules pour comprendre la couleur de robes

La Centrale Canine vous offre 4 modules de e-learning sur les couleurs de robes. Ces modules forment un parcours d’apprentissage complet sur les couleurs de robes et la génétique de ces caractères :

1)      Un premier module rappelle les bases de la génétique appliquées au chien et aux couleurs de robes.

https://www.centrale-canine.fr/articles/e-learning-couleurs-de-robes-1-rappels-de-genetique

2)      Le deuxième module est un voyage au cœur du poil afin de comprendre le métabolisme qui donne la coloration du poil.

https://www.centrale-canine.fr/articles/e-learning-couleurs-de-robes-2-voyage-au-coeur-du-poil

3)      Ensuite, vous apprendrez les gènes les plus importants qui gouvernent la couleur et leurs interactions.

https://www.centrale-canine.fr/articles/e-learning-couleurs-de-robes-3-les-genes-gouvernant-la-couleur

4)      Pour finir, le 4ème module sera une mise en application des connaissances sur la génétique des couleurs de robe dans le cadre de l’élevage.

https://www.centrale-canine.fr/articles/e-learning-couleurs-de-robes-4-predire-la-couleur-des-chiots

 

Après avoir suivi cette formation à distance, vous aurez toutes les bases pour comprendre la génétique des couleurs de robes de vos chiens. Cela vous permettra de choisir les accouplements en prédisant au mieux les couleurs (possibles) des chiots, et aussi de mieux lire les résultats de tests génétiques de vos chiens.

 

Pour en savoir plus sur les tests génétiques de couleurs de robes disponibles :

https://www.centrale-canine.fr/actualites/loffre-genomique-de-la-centrale-canine

https://www.centrale-canine.fr/articles/tests-adn-genomiques-formulaires-de-commande-listes-et-plus

 

Ces modules ont été développés par le service Formation de la Centrale Canine avec le soutien de notre partenaire Royal Canin et de la société Wolf Learning. Le contenu a été rédigé par le service Santé et Ressources génétiques (Fleur-Marie Missant et Dr Ambre Jaraud-Courtin), avec Pr Marie Abitbol, professeur de génétique à VetAgroSup, et membre de la Commission Scientifique de la SCC.

 

Les différents modules sont courts, de 5 à 15min environ. C’est une formation entièrement en ligne, accessible à tous et nous vous offrons ces premiers modules gratuitement. C’est une nouvelle façon d’apprendre que nous vous proposons, complémentaire des autres outils disponibles (livres, articles de nos différents sites internet, …). N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions sur ce premier cours, d’autres modules sont déjà en préparation !

Portraits croisés d’infirmiers cynophiles

Portraits croisés d’infirmiers cynophiles

Stéphane Moulis tout comme Mathieu Delahaye cumulent cynophilie – ils sont éleveurs, juges SCC et responsables cynophiles – avec leur métier d’infirmier hospitalier qui, dans le contexte actuel, requiert leur implication quotidienne. Comment parviennent-ils à gérer vie de famille, activités cynophiles et leurs obligations professionnelles ? 

Stéphane Moulis a acquis son premier bull terrier en 1994 et l’élève depuis 1998. Depuis, les titres se sont accumulés – 13 champions de France, 4 champions d’Espagne et des champions dans plus de douze pays. Aujourd’hui il produit peu et compte 8 chiens à la maison. Ces dernières années, il se consacre à sa fonction de juge récente, mais également à la présidence du Club du Bull Terrier qu’il a fondé en 2013.

« Début des années 90, je débutais ma vie professionnelle dans les moments les plus difficile de l’épidémie du sida. Les patients arrivaient le matin sans connaitre la raison pour laquelle ils étaient malades, parfois le soir même ils étaient décédés. Ces années ont été longues et douloureuses, elles ont évidemment marqué ma vie professionnelle. C’est en grande partie pour ces raisons que je me suis spécialisé en santé publique et en soins de fin de vie et prise en charge de la douleur, et finir ma carrière hospitalière en service de soins palliatifs.  Aujourd’hui infirmier à domicile depuis 22 ans, jamais je n’aurais pensé avoir à faire face à une telle pandémie, jamais je n’aurais pensé être autant en difficulté, devoir revoir ma façon de travailler et être finalement mis à l’arrêt pendant quelques semaines pour raison de santé… !

Cette mauvaise expérience m’aura certainement permis de réfléchir à ma façon de vivre et de travailler. A diminuer, à l’avenir, mon rythme de vie entre les expositions, mes jugements, mon élevage, mon travail et ma vie familiale. Cela aura été un passage obligé afin de prendre des décisions majeures et envisager la dizaine d’années professionnelles différemment.

Ma vie d’éleveur est aussi remise en cause, et même si je l’avais déjà décidé avant, je vais diminuer sensiblement mon nombre de chiens et de portées. Bien que d’ailleurs je n’ai effectué aucune saillie pendant cette période ; j’ai tout de même eu le plaisir d’avoir des naissances il y a trois jours, et le pouponnage fait un peu de bien…. Toute l’activité cynophile est à l’arrêt comme beaucoup d’autres secteurs. Ce qui me rassure c’est que pour l’instant les éleveurs arrivent à vendre leurs chiots et ont des demandes. Les expositions ne me manquent pas, mais je suis très inquiet sur le futur planning car beaucoup d’événements sont reportés pour les trois derniers mois de l’année sans savoir où en sera cette épidémie. Mon esprit scientifique et mathématique, fait que je reste très lucide et pessimiste. Ce confinement nous a permis, nous, soignants, de nous organiser, ce qui est essentiel….

Dans le bassin où se trouve mon cabinet, cela nous a permis de mettre en place une structure de consultation solide et efficace, avec souvent de grands bidouillages…. Malgré tout, cela n’enrayera rien, ce virus est toujours bien présent et le sera encore longtemps… Nous aurons encore beaucoup de personnes touchées et de nombreux décès. Dans une semaine je retourne travailler, en étant conscient que je prends des risques pour ma santé et mes proches, en mettant en danger mon élevage si je suis infecté. Mais c’est mon métier, ma vocation depuis 30 ans, ma vie…

 

Soyez prudents et ne relâchez surtout pas les efforts que vous faites pour vous  protéger ! On sera là pour vous soigner. Prenez soin de vous, en espérant boire avec vous une « coupette ou deux » autour d’un ring et avec le sourire !! »

Autre point de vue, celui de Matthieu Delahaye (ci-dessus, au centre)

Pour ceux qui ne le savent pas, Matthieu, 40 ans, est passionné par le dogue allemand qu’il a élevé en famille sous l’affixe De La Legende des Nymphes Bleues (spécialisé dans le bleu) depuis le début des années 80, avant d’occuper différentes fonctions. Il en est aussi devenu, depuis ces dernières années,  juge spécialiste. Il est également fortement impliqué dans l’association canine de sa région, la Saint-Hubert de l’Ouest, qui organise, entre-autre, la plus grande exposition canine de l’hexagone – hors Championnat de France – le CACIB de Nantes en décembre. 

Il nous raconte sa façon d’appréhender de plein fouet, par son métier, la crise actuelle liée à cette pandémie de Covid-19 : « Je suis infirmier en réanimation et plus précisément un infirmier référent. Être infirmier dans un environnement aussi spécialisé que celui de la réanimation ne s’improvise pas, et avec mes deux collègues référentes, nous sommes chargés de former les nouveaux arrivants, d’encadrer les situations complexes et de travailler les protocoles et procédures avec les médecins seniors. Le service dans lequel je travaille est le service de référence pour les risques épidémiques et biologiques dans la région Pays de la Loire.

C’est à l’occasion d’une banale réunion de service que nous avons évoqué le risque lié au SARS COV 2 (c’est le nom du coronavirus qui entraîne la maladie nommée COVID-19). C’était en janvier 2020, et à cette époque, le risque paraissait bien lointain.

Parallèlement, à cette époque, nous finalisions avec Ginette Bourasseau, présidente de l’ACT Saint Hubert de l’Ouest, le jury de Chateaubriant 2020, et à titre personnel je rédigeais des courriers de demandes d’extension de juge dans le Groupe II, puisqu’enfin, mon planning me laissait plus de week-ends libres en 2020 et la possibilité de procéder à des assessorats. C’était jusqu’alors impossible puisque je travaillais en moyenne trois week-end sur cinq !

Février est arrivé, puis ce qui semblait « hypothétique » devenait rapidement inévitable et je comprenais bien vite que les expositions de mars ne pourraient pas avoir lieu en dépit des efforts des organisateurs, et que tous mes projets cynophiles, qu’ils soient associatifs ou personnels seraient bouleversés. J’avais notamment été invité juger en Irlande et j’ai dû me décommander.

Professionnellement, et bien que nous soyons un service de référence, nous n’étions pas préparés. Le premier patient, les premières inquiétudes, les renforts non spécialisés venus tous azimuts qu’il faut former à la réanimation en quelques jours puis encadrer jour et nuit.  En 15 jours, notre capacité de 30 lits est atteinte, il faut créer de nouveaux lits … en une semaine, nous aménageons une réanimation de guerre de 45 lits supplémentaires, puis les autres réanimations de mon CHU s’arment, ce qui nous permet même d’accueillir des patients venus du Grand Est et de l’Ile de France avec une capacité totale de presque 200 lits. Encore des renforts à former et à rassurer, jour et nuit. Ils sont plus de 250 venus des cliniques, des blocs opératoires, de pédiatrie. Tous aussi exceptionnels et motivés. Nous créons des supports vidéo de formation express avec l’aide du service communication du CHU. Notre hôpital devient une ruche où des centaines d’abeilles gravitent finalement avec méthode. Dans cette épouvantable période, nous vivons une véritable aventure humaine.

Une inquiétude demeure : les équipements de protection. Ils se font rares, dangereusement rares. Un de nos collègue est tombé face à la maladie, il est toujours en réanimation. Hors de questions pour nous de voir d’autres collègues tomber par défaut d’équipements. Je passe mes maigres périodes de repos à chercher des tenues de protection, puisque l’hôpital ne parvient plus à nous équiper. J’appelle au secours Françoise Lemoine, juge et vétérinaire qui mobilise son réseau professionnel. Nos appels au don sont relayés dans la presse et à la télévision … nous obtenons plus de 10 000 équipements de protection (soit 15 jours de sécurité) dont un gros tiers offert par les vétérinaires. Merci Françoise.

Depuis 6 semaines, je vis Covid, je dors Covid … non, en fait je dors très peu. Je pense à ce quoi nous n’avons peut-être pas pensé, à la sécurité des patients, à mes collègues du Grand Est et d’Ile de France qui vivent des choses bien plus difficiles encore. La cynophilie est très loin. Mes seuls contacts avec le milieu sont les messages de sincères amis, qui prennent de mes nouvelles et me soutiennent. J’ai régulièrement mon confrère Stéphane Moulis, nous échangeons et nous nous soutenons mutuellement.

Et après ? Je ne sais pas à quoi ressemblera l’après, ni quelle forme prendra le déconfinement. Cette maladie, dont nous connaissons bien peu de choses, nous a rendu prudent en termes de prévisions.  J’avais espoir que nos expositions puissent reprendre cet été. Non pas qu’elles aient un caractère essentiel, mais simplement parce que retrouver un peu de normalité pour les passionnés que nous sommes nous ferait du bien. Je suis (trop ?) optimiste. Il semble qu’il faille attendre au-delà de l’été.

A l’automne, il sera peut-être possible d’organiser de nouveau des expositions. Peut-être faudra-t-il faire évoluer le format, en organisant par exemple sur 3 jours pour limiter les concentrations. Sans doute faudra-t-il habituer les chiens à se laisser examiner par des juges masqués … ça promet quelques moments cocasses ».

 

Chaque crise de cette envergure génère de l’anxiété et de l’inconfort mais paradoxalement, elle stimule nos capacités à réfléchir autrement et à s’adapter. Il y a forcément quelque chose à tirer de cette situation pour les cynophiles que nous sommes.

Le confinement vu par nos voisins : Lettonie, Croatie, Autriche, Allemagne

Le confinement vu par nos voisins : Lettonie, Croatie, Autriche, Allemagne

Nous avons interrogé nos homologues étrangers sur les effets de la quarantaine actuelle sur leur activité.

Voici les questions et les réponses du Kennel Club Letton, du Kennel Club Croate, du Kennel Club Allemand (VDH) et du Kennel Club Autrichien (ÖKV).

1 – Est-ce que des mesures de confinement ont été imposées dans votre pays ?

 

LETTONIE : Tout le monde est en quarantaine depuis le 12 mars. Les travailleurs essentiels peuvent continuer à aller travailler, mais les gens doivent rester chez eux.

CROATIE : La Croatie est confinée jusqu’au 4 mai au moins. Cela signifie que les gens doivent rester chez eux autant que possible, mais qu’ils sont toujours autorisés à sortir, par exemple pour travailler, faire des courses, se promener ou faire de l’exercice. Les personnes doivent garder une distance d’au moins 1,5 mètre à l’extérieur, et 2,5 mètres à l’intérieur, en groupes de moins de 5 personnes. Les bars, restaurants, centres commerciaux, et tous les autres lieux sont généralement fermés.

ALLEMAGNE : Nous sommes confinés au moins jusqu’au 3 mai. Les gens doivent rester chez eux autant que possible, mais sont toujours autorisés à sortir, par exemple pour se promener, faire des courses ou travailler. Les personnes (sans lien de parenté) doivent garder une distance d’au moins 1,5 mètres, à l’extérieur comme à l’intérieur.  À l’exception des personnes vivant dans le même foyer, deux personnes au maximum peuvent se trouver ensemble à l’extérieur. Les visites d’autres foyers ne sont pas autorisées.

AUTRICHE : Depuis le 16 mars, les citoyens ne sont autorisés à quitter leur domicile que pour des raisons strictement spécifiées. Les travailleurs clés sont autorisés à se rendre au travail, mais les gens doivent rester chez eux si le travail à distance est possible. Les masques sont obligatoires dans les transports publics, les magasins et les lieux publics. Les restrictions sociales en matière de distance imposent une distance minimale obligatoire de 1 m. Maximum 5 personnes vivant dans un même foyer sont autorisées à se promener ensemble.

 

 

2 – Les dog shows et autres épreuves de sélection sont-ils annulés ?

 

LETTONIE : Oui, toutes les expositions canines et autres activités canines ont été annulées depuis le 12 mars. Le Kennel Club de Lettonie – LKF a annulé l’exposition CACIB, et tous les clubs ont également annulé les expositions et les manifestations sportives.

CROATIE : Oui, toutes les expositions et autres activités canines ont été annulées jusqu’à nouvel ordre.

ALLEMAGNE : Oui, toutes les grandes expositions canines ont été annulées jusqu’au 31 août. Nous attendons la classification de grands et petits événements. Il est possible que les petites expositions canines et autres activités puissent avoir lieu avant le 31 août.

AUTRICHE : Oui, toutes les expositions canines et autres activités canines ont été annulées jusqu’à fin d’août. Il n’y a pas d’événements majeurs possibles. L’Assemblée Générale du Kennel Club d’Autriche – l’ÖKV a été reportée au 4 juillet 2020.

 

 

3 – Une dérogation aux mesures de confinement est-elle prévue pour certaines activités économiques ? Si oui, l’élevage en fait-il partie ?

 

LETTONIE : Non, nous n’avons pas d’exemption.

CROATIE : Comme nous vous avons informé que nous n’avons pas de quarantaine, l’élevage de chiens est possible, avec certaines exigences.

ALLEMAGNE : L’élevage est théoriquement toujours possible si les règles du point 1 sont respectées, mais la gestion des activités d’élevage est problématique. Les contrôles nécessaires des portées et des chenils sont presque impossibles, et les éleveurs ont parfois des problèmes pour livrer leurs chiots. En Bavière, par exemple, il est interdit de chercher les chiots chez l’éleveur, sauf pour les chiens de travail qui sont formés pour la chasse ou l’assistance.

AUTRICHE : Oui, les « travailleurs essentiels » sont exemptés de la quarantaine. Il est possible de chercher un chiot au domicile de l’éleveur (contrat obligatoire). Les saillies ne sont autorisées que pour les éleveurs qui sont propriétaires à la fois de la lice et de l’étalon.

4 – Concrètement, est-ce que les éleveurs ont le droit d’aller livrer les chiots chez les particuliers ?

 

LETTONIE : Nous n’avons pas de restrictions particulières pour les éleveurs de chiens. Nous devons garder une distance de 2 m, mais nous pouvons livrer des chiots aux nouveaux propriétaires.

CROATIE : Ils sont autorisés à livrer un chiot s’ils peuvent justifier que c’est nécessaire, et s’ils sont enregistrés en tant qu’éleveurs par le Gouvernement.

ALLEMAGNE : La livraison est possible dans la plupart des régions de l’Allemagne si les règles mentionnées sous point 1 sont respectées.  En Bavière, les règles sont plus strictes que dans le reste de l’Allemagne (voir 3).

AUTRICHE : Ils sont autorisés à livrer un chiot s’il existe un contrat en bonne et due forme. Le Gouvernement a publié des directives, et nous avons donné à nos éleveurs quelques conseils pour procéder à la livraison sans propager le virus entre humains.

 

 

5 – Y a-t-il une différence des règles entre les éleveurs professionnels et amateurs ?

 

LETTONIE : Nous n’avons pas une telle terminologie, dans notre législation il n’y a que le terme « éleveur », tous les autres sont des producteurs. Notre Gouvernement n’a pris aucune décision en matière d’élevage.

CROATIE : Les éleveurs doivent être enregistrés par le Gouvernement.

ALLEMAGNE : aucune différence.

AUTRICHE : Il y a seulement des différences en ce qui concerne la fiscalité, mais pas le COVID-2019.

 

 

6 – Comment cela se passe-t-il avec les vétérinaires ? Sont-ils autorisés à faire : la vaccination ? l’identification des chiots ? des certificats de bonne santé pour la vente ? à se déplacer en élevage ?

 

LETTONIE : Les vétérinaires sont autorisés à pratiquer, mais ils doivent se protéger contre le virus eux-mêmes et protéger leurs clients. Opérations uniquement avec programmation préalable.

CROATIE : Les vétérinaires sont autorisés à exercer dans la situation actuelle, mais ils doivent remplir les conditions requises de distance sociale.

ALLEMAGNE : De nombreux vétérinaires ont décidé de réduire les services vétérinaires non essentiels. La plupart d’entre eux continuent à vacciner les chiots. Les éleveurs et les nouveaux propriétaires doivent contacter leur vétérinaire pour savoir ce qu’il propose actuellement.

AUTRICHE : Les vétérinaires sont autorisés à pratiquer dans la situation actuelle, en particulier pour les soins d’urgence et les questions sanitaires relatives à l’élevage.

 

 

7 – Comment cela se passe-t-il pour les refuges ? Sont-ils autorisés à organiser des adoptions ?

 

LETTONIE : Les refuges sont totalement isolés de l’extérieur.

CROATIE : Oui, ils peuvent donner des animaux de compagnie à l’adoption.

ALLEMAGNE : Oui, ils peuvent continuer à placer des animaux après avoir pris rendez-vous avec les parties intéressées. Ils continuent également à accueillir des animaux.

AUTRICHE : La plupart des refuges pour animaux ont cessé le processus d’adoption jusqu’à nouvel ordre.

Lycées agricoles : la filière « animal de compagnie » face au confinement

Lycées agricoles : la filière « animal de compagnie » face au confinement

Pascal Henault est enseignant en zootechnie et cynotechnie au lycée de la nature et du vivant de Somme Vesle (51) au sein de la filière baccalauréat professionnel « Conduite et Gestion d’une entreprise dans le Secteur Canin et Félin » (CGESCF). Il doit faire face comme la totalité de ses collègues à cette période jamais vécue depuis les années quarante. Il fait le point sur cette situation inédite. 

Quelle est la situation de votre établissement ?

La plupart des établissements dispensant des formations dans lesquelles « le vivant » animal est au centre de l’apprentissage professionnel. Cela reste compliqué mais gérable pendant cette tourmente mondiale.

 

Quelle est la situation des animaux sur le site ?

Les animaux n’échappent pas à la règle et sont en confinement justifié dans la plupart des établissements, y compris ceux qui pourraient bénéficier d’une vie de famille et pour plusieurs raisons :   

– Sociale : Eviter de multiplier les déplacements en ville et causer un souci supplémentaire aux familles avec à l’avenir, l’utilisation supplémentaire de « masques de protection » lors des sorties des chiens.

– Sanitaire : Possibilité pour l’encadrement sur place de réaliser les premiers soins de tout animal malade ou blessé. Éviter de la part des élèves, des déplacements trop fréquents chez le vétérinaire (période de déplacement réglementée) et parfois non justifiés. Le problème d’espace, suite au confinement de toute la famille dans un appartement, n’est pas envisageable. Demeure également la difficulté de prévoir le complément en alimentation canine ou féline (avec la fermeture de nombreux magasins spécialisés).  

-Technique : Seul et en fonction du caractère et de la race du chien, l’Apprenant ne maitrise pas d’emblée la progression d’une méthode de travail d’éducation

 

Comment les gérez-vous au quotidien ?

Le bien-être animal est au cœur des conversations lors de concentration d’animaux. Leur domestication les rend tributaires de nos connaissances zootechniques quel que soit les espèces (animaux de rente, et domestiques).

Pour les chiens, chats et nouveaux animaux de compagnie (pour les établissements effectuant une formation spécifique en animalerie) la tâche est plus délicate. En concert avec la direction, nous organisons un travail journalier de surveillance afin de subvenir aux besoins physiologiques et psychologiques des chiens.

 

Plus d’animaux sur le site signifie plus de travail au quotidien ?

 

C’est une autre de nos préoccupations, l’entretien des locaux en planifiant un service de nettoyage dans le respect des mesures de biosécurité. Pour les jeunes chiens, après avoir réalisé une bonne socialisation avant le confinement et si les chiens ou chats sont en âge de puberté, nous ne négligeons pas cette période importante pour la stabilité caractérielle et émotionnelle du chien ou du chat. Cela passe par un travail d’éducation /détente progressif et continu (cynotechnie) afin d’éviter des dérives comportementales (hiérarchie, syndrome du chenil, troubles obsessionnel compulsifs…) qui pourraient être néfastes par la suite pour l’animal et son entourage. C’est notre préoccupation de chaque jour depuis l’arrivée de ce virus.

Les soins aux animaux ne posent pas de problème particulier ?

Nous avons été très vigilant pour le ravitaillement en nourriture en anticipant sur le planning des commandes. Nous veillons également à respecter un calendrier vaccinal en fonction des services de transport et de l’agenda du vétérinaire traitant.

 

Comment occupez-vous les « pensionnaires » qui sont eux aussi confinés ?

Rester en courette pour un chien plusieurs jours voire un mois n’est pas une maltraitance si ce dernier est soigné, manipulé et éduqué chaque jour. Le bien-être et la maltraitance sont de vastes sujets. Faut-il un grand espace pour un chien inoccupé ou un espace restreint aux normes ICPE pour un chien ou un chat en activité journalière ?

 

Avez-vous instauré le télétravail entre les professeurs et les élèves ?

Depuis le 17 mars, les enseignants / formateurs et élèves de notre établissement sont obligés de télétravailler à distance et d’échanger à distance. Tout se passe très bien au niveau des cours, des rendus et du partage enseignants / élèves par le biais des classes virtuelles.

 

Et la formation pratique est donc impossible actuellement ?

Malheureusement reste la problématique des filières agricoles, services aux personnes et l’élevage canin et félin qui demandent une bonne partie de pratique mais les parents ne peuvent pas se substituer à l’enseignant technique. Nous devons également faire face aux différents problèmes inhérents au numérique (zone blanche, absence de matériel informatique au sein des familles et saturation des outils et des réseaux). Concernant les périodes de stage en entreprise d’élevage, un calendrier scolaire sera adapté afin de répondre aux exigences de la formation pour les classes rentrantes en Septembre 2020.

 

Comment allez-vous gérer les examens ?

Au niveau des épreuves terminales du BACPRO CGESCF pour la session 2020 l’Autorité académique des établissements publics, privés et des maisons familiales œuvre chaque jour pour trouver la solution la plus adaptée afin d’assurer une égalité de traitement qui doit être conçue dans un esprit de bienveillance vis à vis des candidats et de confiance vis-à-vis des équipes enseignantes.

 

 

Merci d’avoir répondu à nos questions. 

Les éleveurs face au confinement

Les éleveurs face au confinement

Jamais au grand jamais, les éleveurs canins français n’avaient été confrontés à une telle situation rendant difficile l’exercice de leur sélection d’élevage. Les contraintes auxquelles ils sont confrontés sont nombreuses et la sortie du confinement ne va pas tout résoudre…Cependant, cette crise sanitaire n’a pas fait chuter la demande de chiens de race… bien au contraire !

Valérie Bontemps n’est pas du genre à se laisser faire. Cette jeune femme élève des Chiens de Leonberg sous l’affixe Du Clos De Willmatt dans la banlieue ouest de Paris. Comme tous les éleveurs français, elle est confrontée au confinement et à ses nombreuses contraintes dans la vie de tous les jours.
Elle élève le chien de montagne allemand depuis une trentaine d’années, un colosse dont le gabarit est encore plus éloquent en période de confinement. « Cette année 2020 sera une année exceptionnelle pour moi en raison du confinement lié à la pandémie du Covid 19 ».  

Actuellement, elle a cinq chiens adultes à la maison – 1 mâle et 4 femelles – et une portée de 8 chiots qui sont largement en âge de partir. « Ces derniers devaient tous regagner leurs nouvelles familles le 11 avril, mais en raison du confinement tout a été bouleversé. Autant vous dire que la maison est bien remplie avec toutes ces boules de poils qui frisent actuellement les 14-15kg et mes adultes qui pèsent entre 55 et 65 kg ».

Elle reconnait cependant, avoir eu la chance d’avoir des contacts avec de futurs acquéreurs avant la mise bas, soit bien avant que le Covid-19 ne fasse parler de lui en France. « Malheureusement, ces derniers n’ont pas pu venir à la maison pour voir les chiots » souligne Valérie. « Je n’ai donc eu que des échanges téléphoniques ou par mails avec eux, ce qui est dommageable car rien ne vaut une rencontre physique pour pouvoir échanger et évaluer les motivations des futurs acquéreurs.  Cela dit, la chance a continué à me sourire, car ils ont tous réservé, en toute confiance, sans avoir vu ma chienne et ses chiots. Seules des photos, publiées chaque semaine, me permettent d’assurer le suivi avec les futurs acheteurs ».

Au début du confinement, sa première préoccupation était de savoir si elle allait pouvoir se fournir en aliments pour chiens, n’ayant pas prévu autre chose que le stock indispensable pour les chiots jusqu’à ce qu’ils aient deux mois. Elle n’avait donc qu’un faible stock d’avance pour ses cinq adultes. « Heureusement, mes fournisseurs de croquettes et de viande, situés en France et en Allemagne, ont continué à assurer le service sans aucun problème, grâce à la mise en place des gestes barrières lors de la livraison ».

Là où le confinement prend toute sa démesure dans son élevage, c’est l’impossibilité de faire vacciner et d’identifier ses chiots.
« En effet, l’Ordre Vétérinaire ayant interdit la pratique des actes qualifiés de non urgents, c’est donc logiquement que mon vétérinaire a refusé ces actes. Chose que je comprends et accepte totalement car il est tout aussi important pour lui et ses assistantes vétérinaires, de se protéger du virus en limitant les contacts, qu’il ne l’est pour nous ».

Pour cette raison, elle a décidé de ne plus sortir ses adultes comme elle le faisait habituellement avec des ballades quotidiennes dans le village MAIS de les restreindre à des sorties uniquement dans son petit jardin clôturé. Un choix bien entendu dicté par le bon sens, afin d’éviter tout risque sanitaire pour les chiots.

Valérie poursuit : « A la suite de la dérogation autorisée par le Ministère de l’Agriculture aux éleveurs professionnels qui peuvent ainsi continuer leur activité (considérés comme des exploitants agricoles), et qui peuvent à présent faire vacciner, identifier et surtout livrer leurs chiots, les choses se sont nettement compliquées pour moi ».

En effet, comment expliquer aux acquéreurs qu’elle ne peut ni faire vacciner, ni identifier et encore moins livrer ses chiots car son statut l’en empêche.  « Je ne suis pas professionnelle mais juste dérogataire…  Pourquoi les règles appliquées à la SPA et aux refuges ne s’appliquent pas pour moi… ? J’élève depuis 1991, je produis que des chiots inscrits au LOF, mes reproducteurs sont tous niveau 4 recommandés, ont les tests de santé conseillées et pourtant, je ne suis pas considérée comme un éleveur puisque je n’ai pas de SIRET… Comme beaucoup d’autres qui sont dans le même cas que moi, je pense que nous sommes les « oubliés » des mesures prises par les autorités ». 

Elle va donc devoir gérer des chiots aussi longtemps que le confinement va durer avec toutes les conséquences que cela va pourvoir poser en termes de gestion sanitaire, de place, de surcoût financier lié à l’alimentation… Sans oublier de préciser que les acquéreurs se font de plus en plus pressants, pour ne pas parler de harcèlement, que ce soit par téléphone, courrier électronique voire même SMS pour avoir leurs chiots.

 

« Ceci-dit, précise Valérie, pour donner un point positif au confinement, mes chiots continuent leur sociabilisation et apprennent les codes canins auprès de mes adultes. Je passe beaucoup de temps avec eux pour les occuper, à jouer, à leur apporter de nouvelles expériences (objets insolites, bruits…). Un bonheur, en définitive, qui n’a pas de prix pour l’éleveuse que je suis ! »

 

 

Mathilde Charpigny gère en Dordogne, avec son mari Bastien, l’une des plus prestigieuses sélections françaises, l’élevage Du Haras de la Vergne, qui sélectionne avec bonheur deux races très distinctes, le basset hound et le bouvier bernois. Elle reconnait explicitement : « Que cette crise est venue bouleverser nos habitudes, et nous avons dû nous organiser en conséquence ».

Prenez la livraison des chiots : alors que chaque semaine, les clients venaient sur rendez-vous chercher ou choisir leur chiot à l’élevage, depuis le 16 mars tout semble s’être arrêté. « Pour pallier cette impossibilité de recevoir nos clients, j’ai fait appel aux services d’un présentateur professionnel qui, après accord de chacun de mes clients, organise avec moi un planning de livraison dans des conditions parfaitement respectueuses des mesures d’hygiène face au Covid-19. Il le fait bien évidemment en exclusivité car il est hors de question, pour des raisons sanitaires, que des chiots d’autres élevages fassent partie du même transport. Je veux que chaque client reçoive son chiot dans de très bonnes conditions ».

Ce qui a changé également, « ce sont les conditions pour faire identifier et vacciner nos chiots, sans quoi, ils ne sont pas inscrits au LOF et ne peuvent pas quitter l’élevage » souligne Mathilde. Le praticien qui suit l’élevage lui a donné un cahier des charges où effectivement, devant la clinique, chiot par chiot, est géré pour la vaccination, l’identification puis l’établissement du certificat de bonne santé. Ces derniers étaient pré remplis (Nom du chiot) afin de faciliter les choses, tout en observant parfaitement les gestes barrière et les précautions recommandées sur le plan sanitaire.

Et pour faire saillir les femelles, l’élevage dispose d’une batterie d’étalons et de lignées diversifiées : « Nous ne sommes pas confrontés au problème des déplacements extérieurs pour faire saillir nos femelles car nous avons plusieurs étalons à la maison. Par contre, pour les demandes de saillie venant d’autres élevages, les éleveurs prennent rdv à partir du moment qu’ils répondent aux exigences de la législation (statut) : il n’y a pas de contact entre eux et nous. Ils déposent la femelle, qui se retrouve en pension chez nous et viennent la chercher quand tout s’est bien passé, tout en observant les bons gestes ».

Pour les expositions, tout a changé et il y a un manque évident : « Imagine, nous sortions près d’un week-end sur deux, entre les expos en France et à l’étranger. Mon mari « ronge son frein ». Régulièrement, il démarre le camion et va le garer ailleurs dans la cour, un signe évident que les déplacements expositions lui manquent… à moi aussi »

Note positive dans ce contexte « confiné » ? Les courriels et les coups de fil pleuvent et parfois, les interlocuteurs veulent le chiot tout de suite : Mathilde reçoit des textos à des heures totalement indues !
Elle passe beaucoup de temps au téléphone afin de « sonder » le client, car elle ne veut surtout pas avoir de retour à la suite d’un achat impulsif, sur un coup de tête. C’est le risque en période de confinement où les gens achètent un chiot sans le voir et parfois, sans connaitre la race. Il faut que je sois prudente lors d’une réservation.

Pour remplacer les contacts, la communication sur le terrain (expositions, manifestations diverses), les réseaux sociaux sont devenus le meilleur allié de l’élevage. En filmant les mise-bas, en postant régulièrement des vidéos et des photos sur les chiots, la demande explose et les journées s’allongent pour tout le monde à l’élevage Du Haras de la Vergne. Les respirations et les temps morts, sont presque inexistants.

Cependant, l’agenda quotidien a peu changé : 80% de notre personnel est là et nous permet de continuer à travailler dans de bonnes conditions. Nous sommes à plein temps et le travail est resté le même à une nuance près : « Notre fille de 6 ans réclame bien entendu du temps et de l’attention car elle n’est pas éleveuse de chien. Il faut donc que nous parvenions à lui octroyer du temps, pour jouer avec elle car elle est bien entendu confinée avec nous, et Papy et Mamy ne sont pas là. Le fait d’être confiné donne l’impression que les journées sont plus longues qu’habituellement et sont sans fin ».

Autre changement significatif, l’absence de visites : « Habituellement, les clients après de nombreux contacts, prennent rendez-vous afin de visiter l’élevage. C’est un moment décisif pour eux avant de prendre leur décision : ceci n’existe plus en période de confinement. Et a été remplacé par des petits films réalisés lors d’une échographie, lors de la mise-bas, avec tout ce que cela implique : montage, formatage et enfin mise en ligne.  Cette communication a explosé et de surcroit, une vidéo génère un nombre de contacts ensuite en MP incroyable. Nous n’avions pas connu cela avant le confinent ». 

Mais quel bonheur, le calme qui règne dans l’élevage est atypique. Parfois je bloque la messagerie de Facebook sinon, notre sommeil serait compromis !

 

Dernier point et non des moindres, la pension. « C’est une activité importante mais cette année, alors que les mois de mars, avril et mai ont un bon coefficient de remplissage, nous avions beaucoup de réservations qu’il a fallu rembourser. Sur la deuxième quinzaine de mars, les annulations se succèdent. Et nous n’avons plus de réservation actuellement. Habituellement, en avril et sur les ponts du mois de mai nous tournons à 70 à 80% de taux de remplissage. Et pour cet été, nous attendons de voir, avec 100% de taux de remplissage. Mais d’ici là, les choses peuvent changer… »

 

Autre témoignage, au cœur des Vosges. Celui de Philippe Breinlen qui présente tous les ingrédients de l’amateur passionné par le berger allemand. Il est né « dedans », car son papa, Pierre, sélectionne le berger allemand depuis de nombreuses années sous l’affixe De Maxonchamp. L’affaire familiale ne s’arrête pas là, puisqu’il y a également l’élevage Du Domaine de La Tournelle à Brigitte Breinlen, Du Domaine Des Grands Brizeux à Pascale Breinlen etc… etc… Une saga familiale comme il en existe d’autres dans le berger allemand (Clautour, Trentenaere, etc.).

Dans cette période difficile, et qui change la donne pour beaucoup de gens, Philippe est heureux : « J’ai énormément de demandes, j’avais beaucoup de chiots disponibles car j’avais fait saillir pratiquement toutes mes femelles. J’avais près de 50 chiots bergers allemands au moment où le confinement a été mis en place : aujourd’hui, il m’en reste une vingtaine à placer qui vont partir sans problème ».

Les demandes pleuvent, car en période de confinement, Philipe martèle que les amateurs veulent absolument leur chiot pendant le confinement : ils voulaient attendre cet été mais comme les vacances sont compromises, bon nombre d’acquéreurs ont voulu faire tout de suite l’acquisition de leur chiot plutôt que d’attendre pour l’avoir avec eux pendant ce moment unique que représente le confinement.

Pour livrer les chiots, Philippe le fait très peu : des personnes se déplacent, envoient un professionnel chercher le chiot en gardant les distances de sécurité : j’ai des clients dans toutes les régions et ils se débrouillent.  

En tirant vers le haut sa sélection, au niveau qualitatif, Philippe s’est rendu compte que les clients le contactaient en toute connaissance de cause, faisant référence à ses prestations en exposition, les titres obtenus par ses chiens, la qualité de son étalon du moment, Nacia, sans doute l’étalon berger allemand le plus demandé en France.

« Vraiment, la demande a explosé avec toujours le même discours justifiant leur décision de prendre leur bébé chiot rapidement » résume Philippe.  

D’autres éleveurs vosgiens confirment être dans une situation inconnue jusqu’alors : tous les chiots sont vendus ou réservés !

Cette embellie va-t-elle perdurer après le 11 mai ? Nul ne le sait, mais très clairement, la période de confinement, les contraintes, la crise sanitaire ont incité de nombreux acquéreurs potentiels à franchir le pas.

« Sur le plan vétérinaire, mon praticien a joué le jeu en respectant toutes les règles de sécurité : identification et les vaccins après avoir reçu la liste des chiots que je vais lui présenter. Il vient avec tout le nécessaire et les certificats de bonne santé. Pour que tout se déroule dans de bonnes conditions sur le plan sanitaire, j’ai aménagé un espace spécialement aménagé pour cela à l’élevage. Contrairement à certains éleveurs, je fais tout chez le même vétérinaire, qui est mon seul interlocuteur pour l’ensemble de mes besoins vétérinaires (radios, échographie, taux de progestérone, identification, vaccinations, soins …) et il répond toujours présent. ».

Philippe doit avouer en définitive, qu’il vit très bien cette période de confinement.  

Par contre, si la sélection est basée sur un socle de lices de qualité et des lignées connues, le poids des étalons demeure important : L’Allemagne et l’Italie possèdent les plus grands étalons actuels qui sont sollicités par les meilleurs éleveurs de bergers allemand de la planète. En cette période où les règles sanitaires sont très strictes avec comme point d’orgue le confinement, Philippe est très prudent : « Je ne prends pas le risque d’aller à la saillie à l’étranger pour me retrouver en prison en Allemagne ou en Italie. J’ai la chance d’avoir mes propres étalons maison. A ce sujet, je n’ai pas fait saillir une seule de mes lices en Allemagne depuis décembre 2019 !  Une situation unique dans l’histoire de mon élevage ».

Autre problème soulevé, l’impossibilité d’entrainer les chiens, en particulier, les jeunes et la future génération de reproducteurs. « Avec l’ensemble des clubs d’éducation fermés, je ne peux plus faire travailler mes chiens pour les préparer. Pour les éleveurs de bergers allemands, c’est notre plus gros problème actuellement. Comment préparer la nouvelle génération de jeunes chiens et entrainer les adultes ? Cela fait donc bientôt deux mois qu’on ne peut pas les emmener ».

« Pour les jeunes de deux ans, impossible de leur faire passer leurs titres et cela signifie, si les Championnats reprennent, qu’ils ne seront pas prêts à la rentrée… Pour les radios coudes et hanches, le siège du CCBA étant fermé, nous n’avons pas de résultat, en tout cas en ce qui me concerne ».

Mais son plus grand souci reste la préparation des chiens sans laquelle rien n’est possible pour répondre aux exigences de la sélection du chien de berger allemand qui sont uniques dans la sélection canine actuelle.  

Dernier point soulevé par Philippe, qui connait bien la musique car il a travaillé plus de 20 ans chez l’un des leaders du Pet Food : « Les livraisons d’aliments se passent sans aucun problème : la palette est livrée devant le portail et comme j’ai mon attestation professionnelle, je peux me déplacer pour tous les besoins de l’élevage, même en période de confinement ».

 

Si les situations sont contrastées et les droits pas égaux, tous reconnaissent que le marché du chien de race ne baisse pas de pied et que parfois la débrouille ou le système D permettent de faire des miracles. Tous sont respectueux des règles sanitaires mises en place et ont su s’adapter. C’est la moindre des choses dans ce contexte historique de cloisonnement d’un pays pour Pandémie. 

Le confinement vu par nos voisins : Suède, Finlande et Dannemark

Le confinement vu par nos voisins : Suède, Finlande et Dannemark

Nous avons interrogé nos homologues étrangers sur les effets de la quarantaine actuelle sur leur activité.

Voici les questions et les réponses du Kennel Club Suédois (SKK), du Kennel Club Finlandais et du Kennel Club Danois (DKK).

1 – Est-ce que des mesures de confinement ont été imposées dans votre pays ?

SUÈDE : Il est recommandé de travailler à domicile, si possible. Lorsque c’est possible, d’éviter les transports publics, et de garder une distance sociale. Le bureau du SKK est ouvert, 15-20 personnes travaillent au bureau. Environ 50 travaillent à distance.

FINLANDE : Les gens doivent rester à la maison autant que possible, mais sont autorisés à aller à l’épicerie et à la pharmacie, à faire des promenades et à sortir les chiens. Toutefois, il doit y avoir une distance de 1 à 2 mètres entre les personnes, si elles n’ont pas de lien de parenté. Tous les musées, théâtres, centres sportifs, etc. sont fermés jusqu’au 13/05. Les écoles et la plupart des écoles maternelles sont fermées, mais les écoles organisent un enseignement à distance. Les restaurants sont fermés jusqu’au 31/05, mais ils ont la possibilité de vendre des plats à emporter. Le Gouvernement finlandais décidera des mesures supplémentaires le 22/04/2020.

DANEMARK : Le Gouvernement danois a décrété un confinement total à partir du vendredi 13 mars. Les travailleurs essentiels ont pu continuer à travailler, mais les autres personnes devaient rester chez elles et travailler à domicile. Toutes les écoles et institutions ont fermé, mais elles ont rouvert leurs portes pour les plus jeunes (-12 ans) après Pâques.

 

2 – Les dog shows et autres épreuves de sélection sont-ils annulés ?

SUÈDE : Le gouvernement a interdit les rassemblements de plus de 500 personnes, puis de 50 personnes. Cela signifie qu’aucun spectacle, concours, etc. ne peut être organisé. Le Conseil d’administration du SKK a choisi d’annuler toutes les activités liées aux chiens jusqu’au 31 mai avec plus de 10 personnes, afin de réduire le risque de propagation de la maladie.

FINLANDE : Toutes les expositions canines et toutes les épreuves et compétitions sont annulées jusqu’au 31/05. Les organisateurs d’événements entre le 01/06 et le 31/07 ont déjà la possibilité de reporter ou d’annuler leurs événements.

DANEMARK : Toutes les expositions et activités sont annulées jusqu’au 31 mai. La grande triple exposition du Kennel Club Danois (DKK) à Vejen en juin est cependant annulée, et la plupart des spéciales sont annulées jusqu’en août. L’entrainement des chiens dans les régions a été autorisé à reprendre après Pâques, s’ils le souhaitent et certains l’ont fait.

 

3 – Une dérogation aux mesures de confinement est-elle prévue pour certaines activités économiques ? Si oui, l’élevage en fait-il partie ?

SUÈDE : Non, pas de quarantaine de ce type en Suède.

FINLANDE : Il n’y a pas de quarantaine totale en Finlande jusqu’à présent.

DANEMARK : Tous les travailleurs essentiels sont exemptés de la quarantaine. L’élevage canin est une affaire privée, et n’a pas été qualifié comme étant ni interdit ni légal. Mais nous avons constaté une grande augmentation de l’intérêt pour l’achat de chiots pendant la période de coronavirus. Une grande partie de notre communication externe est basée sur un choix informé et les médias en demandent encore plus.

 

4 – Concrètement, est-ce que les éleveurs ont le droit d’aller livrer les chiots chez les particuliers ?

SUÈDE : Oui, voir ci-dessus.

FINLANDE : Oui, tant qu’ils gardent suffisamment de distance. Pendant trois semaines, une de nos provinces a été fermée et pendant cette période, il n’était pas possible de livrer des chiots depuis ou vers cette province.

 

DANEMARK : Nous demandons aux éleveurs de tenir les acheteurs de chiots informés par le biais de chats vidéo, de streaming et de photos. Il n’y a pas de règles interdisant de livrer un chiot à un acheteur, à condition que cela soit fait de manière appropriée et avec les précautions nécessaires. Il existe seulement une décision de justice interdisant de réunir plus de 10 personnes à la fois.

5 – Y a-t-il une différence des règles entre les éleveurs professionnels et amateurs ?

SUÈDE : Non.

FINLANDE : Non.

DANEMARK : Les éleveurs ayant trois portées ou plus par an sont soumis à une visite annuelle de l’Administration vétérinaire et alimentaire danoise, mais ni les éleveurs commerciaux ni les éleveurs non professionnels n’ont été traités différemment pendant la crise coronavirus.

 

6 – Comment cela se passe-t-il avec les vétérinaires ?

Sont-ils autorisés à faire : la vaccination ? l’identification des chiots ? des certificats de bonne santé pour la vente ? à se déplacer en élevage ?

SUÈDE : Oui, les vétérinaires peuvent vacciner les chiots, les identifier à l’aide de micropuces, délivrer des certificats sanitaires et aller chez les éleveurs.

FINLANDE : Les vétérinaires peuvent exercer leur métier dans les cabinets vétérinaires, mais ne sont pas autorisés à se rendre dans les maisons. Dans les cabinets vétérinaires, ils ne peuvent accueillir qu’un seul client à la fois.

DANEMARK : Les vétérinaires sont autorisés à être ouverts, mais ont également la possibilité de rester fermés. La plupart, si ce n’est pas tous, sont cependant ouverts. Ils ont été autorisés à fonctionner comme d’habitude, mais ont dû prendre des précautions, comme recevoir les chiens à l’extérieur de leur bâtiment, limiter le nombre de patients accueillis, etc.

 

7 – Comment cela se passe-t-il pour les refuges ? Sont-ils autorisés à organiser des adoptions ?

SUÈDE : Oui.

FINLANDE : Les refuges n’acceptent pas de visiteurs pour le moment. De même, en Finlande, les éleveurs de chiens de race constatent une plus forte demande de chiots.

DANEMARK : Les refuges sont ouverts et il n’y a pas eu de restrictions aux adoptions dans les centres. Cependant, comme nous l’avons mentionné, les gens ne sont autorisés à sortir que pour le strict nécessaire, de sorte que les adoptions pourront être limitées. 

Interview de Gérard Thonnat

Interview de Gérard Thonnat

Juge, spécialiste des chiens courants et du « Gascogne » en particulier, éleveur de petits bassets et de griffons sous l’affixe Du Clos des Versonnes, trésorier adjoint au sein du Bureau de la SCC, membre de différentes commissions, c’est avec sa casquette de Président de l’Association Canine Territoriale de la Haute Loire que Gérard Thonnat a accepté de répondre à nos questions. 

Quel est l’impact du confinement sur l’ACT de la Haute Loire ?

Le confinement a des conséquences importantes au niveau de toutes les activités d’une ACT. En ce qui concerne celle que je préside, et la liste n’est pas exhaustive, annulation d’une séance de confirmation le 29 avril, Report de l’Assemblée Générale, grande incertitude pour l’exposition et la séance de confirmation de fin juillet, fermeture de tous les Clubs d’éducation et d’utilisation, annulation d’une douzaine de concours de ces Clubs, annulation de notre Field Trial de printemps, etc…

 

L’impact de la pandémie touche tout le monde. Comment les membres de l’ACT réagissent ?

Il y a très clairement un mélange de déception mais aussi de « raisonnable compréhension » guidée par le danger que représente la pandémie. Comme sans doute beaucoup de personnes, ce sont les rencontres physiques interdites qui perturbent le plus. Notre milieu associatif a besoin de ces rencontres et échanges en direct pour bien vivre ; instinct grégaire ou de meute (spécial chasse !).

 

Les demandes d’informations en ligne ou téléphoniques sont-elles en berne, stables ou en au contraire, en hausse ?

Nous avons peu de contacts directs, car les informations locales et nationales (notamment notre page Facebook et le site internet) ont bien fonctionné.

 

Toutes les manifestations canines sont annulées jusqu’au 15 juillet prochain. Comment l’ACT gère la mise à jour de son calendrier 2020 ?

Pour l’utilisation se sont les CUN qui ont assuré les modifications, tandis que pour la séance de confirmation et l’exposition, nous sommes en coordination avec le service de la SCC, sccexpo

 

Le report de certaines manifestations est-il envisagé sur le dernier quadrimestre de l’année ?

Non pour l’exposition. Si elle devait être annulée en juillet, il n’y aurait pas d’édition en 2020 mais en 2021. Par contre, très certainement les séances de confirmation seront reportées, car sans cet examen, il n’y a pas d’élevage et la suite que vous pouvez imaginer.

Comment se déroule l’organisation des taches au sein des différentes commissions de l’Association Canine Territoriale en cette période de confinement ?

Les quelques urgences sont traitées à distance par téléphone ou en vidéo-réunion (Skype), mais le nombre est faible. Le report indispensable des actions a été bien compris et accepté par le plus grand nombre dans ce contexte plus que singulier de pandémie mondiale.

 

Face à l’absence d’examens de confirmations depuis près d’un mois et demi, quelles solutions sont envisagées ?

C’est un problème important pour les éleveurs, aussi il est prévu que nous organisions dès que nous en aurons la possibilité administrative, une ou deux séances exceptionnelles en automne afin que les nouvelles générations de reproducteurs, reproduisent selon les principes de base de la sélection canine.

 

Quel est l’impact sur la sélection canine dans le département de la Haute Loire ?

Le nombre d’événements qui sont liés à la sélection n’est pas extrêmement important sur le département. Il est donc vraisemblable que si la reprise s’amorce comme on peut l’espérer d’après les infos autorisées, l’impact sera relativement faible.

 

Quel souhait voulez-vous formuler pour le prochain semestre ?

En tout premier un recul rapide de la menace covid19 pour la santé de tous. Ensuite que le déconfinement nous permette, au plus vite, une reprise d’activité (réouverture des Clubs, reprise du calendrier des concours et séances de confirmations, que les éleveurs puisse élever et sélectionner dans des conditions normales et que les utilisateurs puissent s’adonner à leurs disciplines dans de bonnes conditions et leur profession) enfin et surtout que l’impact économique n’affaiblisse pas trop le marché du chien.

Interview de Frédéric Maison

Interview de Frédéric Maison

 Comment les associations de race font face à cette période de confinement et tout ce que cela change dans notre quotidien ? Le Dr Frédéric Maison, éleveur, juge, membre du comité de la SCC et président de la Commission d’élevage, préside également le RALIE (Rassemblement des Amateurs de Lévriers Irlandais et Ecossais). Il a accepté de répondre à nos questions. 

SCC : Comment le RALIE fonctionne actuellement ?

Frédéric Maison : Le RALIE, comme beaucoup de clubs, était passé à l’ère du numérique depuis longtemps et nous fonctionnons en organisant des consultations par mail et uniquement une ou deux réunions physiques par an. Par la force des choses, notre club a adopté le télétravail !

 

 

L’impact de la pandémie touche tout le monde. Comment les membres du RALIE réagissent ?

Les membres du RALIE sont majoritairement sereins face à la pandémie et compréhensifs. Cette situation inédite a bousculé notre programme habituel mais la santé de tous est la priorité absolue et nous ne pourrions imaginer un instant avoir des victimes sur la conscience. Je crois que cela est clair pour nos adhérents.

 

Les demandes d’informations en ligne ou téléphoniues sont-elles en berne ?

A notre grande surprise, les demandes de renseignements sont en forte hausse depuis le début du confinement à l’exception d’une période initiale de « sidération » qui n’a duré guère plus d’une semaine. Pour en avoir discuté avec des éleveurs ou des responsables d’autres clubs, cela semble général et concerner toutes les races.

 

 

Toutes les manifestations canines sont annulées jusqu’au 15 juillet prochain. Comment le club gère cette situation ?

Nos chiens et nos races survivront assurément à une annulation des manifestations pendant quelques mois. Je vous rappelle que nos ancêtres ont élevé pendant des siècles sans ces épreuves. Certes ces dernières sont une aide sérieuse à la sélection mais la période actuelle est peut-être l’occasion de de les remettre à leur juste place, celle d’une aide, et non de tout faire reposer sur elles. La disparition complète et définitive des concours poserait un réel problème et nécessiterait alors de réinventer la sélection du chien de race mais leur annulation pendant une période aussi limitée, quand bien même elle se prolongerait jusque l’année prochaine, ne pèsera pas sur le destin de nos races.

 

 

La Nationale d’élevage est également annulée. Comment le RALIE gère cet événement majeur de l’année et un report est envisageable ?

 

Le comité du RALIE a préféré annuler purement et simplement notre ENE initialement prévue en Mai. La reporter au second semestre semblait compliqué et aurait surchargé un planning déjà bien rempli de manifestations importantes comme les championnats français, européens et mondiaux. Cependant, nous étudions la possibilité d’un CACS de championnat à la spéciale lévriers de Pompadour.

Comment se passe la vente des chiots, pour les éleveurs d’Irlandais et de Lévriers écossais ?

Comme je l’ai dit précédemment, les demandes de chiots en cette période de confinement sont plutôt en hausse. Ce qui pose un problème, c’est plutôt l’enlèvement ou la livraison des chiots, officiellement autorisés aux professionnels uniquement. L’exportation est également bloquée du fait de la fermeture des frontières. De nombreux chiots grandissent ainsi paisiblement sous le soleil printanier dans leurs élevages, ce qui n’est pas un vrai problème pour les petites structures familiales. Elles représentent l’intégralité des élevages de nos deux races. Ce qui m’inquiète d’avantage et qui concerne pour le coup toutes les races, c’est la motivation des acheteurs, désœuvrés et confinés, qui se découvrent une passion subite pour la gente canine. Le beau temps aidant, tout le monde a envie d’adopter un chiot ou un chien sans vraiment se préoccuper de l’après confinement. Des éleveurs peu scrupuleux, profitent de l’occasion pour refourguer à bon prix des chiots à des familles (ou des célibataires) qui ne seront plus en mesure de le garder après le 11 Mai, quand la vie d’avant reprendra à un rythme probablement plus effréné encore car il faudra bien relancer la machine économique. Quand notre pays va se réveiller de cet engourdissement, bon nombre de ces chiots, acquis de manière compulsive, vont devenir un souci. Il faudra alors s’attendre à des retours ou des abandons dont les seules victimes seront, une fois encore, ces pauvres animaux. Il n’est rien de pire que de se tromper sur les capacités d’accueil et des motivations d’un propriétaire. La période que nous traversons est propice à ce genre d’erreur et, à l’exception des chiots réservés de longue date, nous ne devrions pas vendre en ce moment. C’est le conseil que je donne aux éleveurs soucieux du bien-être de leurs protégés.  

 

 

Face à l’absence d’examens de confirmations depuis plus d’un mois, comment le RALIE fait face ?

Nos races entrent en reproduction plutôt tardivement, surtout pour les femelles. L’absence d’examen de confirmation pendant quelques mois n’est donc pas un réel problème. Si la situation devait persister, il reste les confirmations à domicile. Mais dans ce cas, je pense que les régionales pourraient organiser des séances de confirmation sur rendez-vous avec respect des gestes barrières comme cela se passe dans les cliniques vétérinaires.  

 

Quel est l’impact de la situation sur la sélection des deux races ?

Comme je l’ai indiqué précédemment, aucune race, aussi sensible soit elle, ne devrait voir sa sélection impactée par l’absence de manifestation sur une durée aussi courte. Quelques mois, une année, sont un epsilon sur l’échelle de l’évolution d’un mammifère. Aucune crainte de ce côté.

 

 

L’impossibilité de se déplacer pour un éleveur non professionnel que ce soit pour livrer un chiot ou aller faire saillir une femelle, représente-t-elle un gros problème actuellement dans les races gérées par le RALIE ?

Notre cheptel est limité et à ma connaissance, il n’y a actuellement aucune situation critique. Certes, cela représente une gêne mais n’est-ce pas mineur face à la gravité de la pandémie qui affecte notre pays depuis plusieurs semaines. Il faut raison garder et hiérarchiser les problèmes.

 

Quel souhait voudriez-vous formuler pour le prochain semestre ?

 

Je ne dirais pas que mon souhait et que tout retourne à la normale pour le second semestre car, en fait, la normale signifie la situation antérieure, celle d’avant la pandémie. Hors l’élevage est en perpétuelle évolution. Nous n’élevons pas de la même façon qu’au 19ème siècle, ni même qu’à la moitié du vingtième siècle. Cette pandémie pourrait (L’avenir nous le dira) être le catalyseur d’une mutation vers un élevage plus responsable et écoresponsable, en réduisant nos déplacements, en produisant moins mais mieux, en étant soucieux de l’origine des aliments que nous donnons à nos chiens, en ciblant mieux nos clients…
Une tragédie voit sa peine amoindrie si, une fois le cataclysme passé, elle débouche sur une situation meilleure. Cela est mon souhait pour l’avenir.   

Mise à jour des fiches LOF Select

Mise à jour des fiches LOF Select

En cette période de confinement, vous pouvez en profiter pour découvrir (ou redécouvrir) notre outil d’aide à la Sélection, LOF Select : https://www.centrale-canine.fr/lofselect

Rottweiler a M. Oztel

Toutes les informations présentées sur LOF Select sont issues directement de notre base de données LOF. Vous pouvez ainsi rechercher vos chiens sur ce site et nous sommes à votre disposition pour mettre à jour les informations suivantes sur sa fiche :

          Propriétaire : si le champ Propriétaire est vide ou bien s’il indique une personne qui n’est plus le propriétaire actuel du chien, il faut envoyer un mail à laurence.leroux@centrale-canine.fr.

Pour rappel, l’information relative à la personne est protégée (RGPD) et ne peut donc pas être publiée par défaut. La publication nécessite un accord préalable écrit.

Le mail devra contenir les informations suivantes : Nom et identifiant du chien, copie de la carte ICAD ainsi que votre numéro éleveur. Si vous n’avez pas de numéro éleveur : votre nom, prénom et adresse postale. De plus, si vous êtes un particulier (propriétaire ou éleveur sans n° de SIRET), merci de nous indiquer dans le mail si vous souhaitez que votre nom apparaisse sur notre site LOF Select.

          Résultats santé : si vous constatez qu’il manque un résultat de santé, la procédure dépend du type de résultat manquant.

Pour un résultat de test génétique ou un examen de tares oculaires (MHOC ou ECVO) vous pouvez l’envoyer directement par mail à laurence.leroux@centrale-canine.fr.

Pour un résultat de lecture de dysplasie de la hanche ou tout autre examen clinique, il faut contacter votre club de race, qui est en charge de l’enregistrement.

          Résultat ADN : si vous souhaitez ajouter l’empreinte ADN de votre chien ou sa compatibilité de filiation avec ses parents, il faut passer une commande de saisie d’empreinte dans votre espace LOFConnect.

Pour la saisie d’empreinte, Cliquez sur le menu SANTE, puis SAISIE EMPREINTE ADN.
Pour la recherche en compatibilité de filiation, cliquez sur le menu SANTE, puis TESTS GENETIQUES.

          Cotation : si la cotation de votre chien n’est pas à jour sur LOF Select, c’est que nous n’avons pas reçu l’information de la part du club de race, il faut donc contacter votre club de race pour qu’il nous envoie les cotations à mettre à jour.

          Photo : : Vous souhaitez ajouter une photo à la fiche de votre chien

Vous êtes éleveur : Vous avez ouvert votre site éleveur, vous avez accès à l’ensemble des fiches des chiens que vous avez produit, et vous avez donc la possibilité d’enrichir chaque fiche avec une photo.

Si vous n’êtes pas éleveur :  envoyer une photo de bonne qualité, idéalement format paysage en indiquant le nom et l’identifiant du chien à notre webmaster webmaster@centrale-canine.fr
N’hésitez pas à prendre contact en cas de difficulté.

          Pedigree étranger :

Si votre chien importé n’apparaît dans notre base de données : Remplir le formulaire prévu à cet effet (téléchargeable ici) et envoyer ce formulaire accompagné d’un scan lisible du pedigree d’origine (recto verso) à genealogie.etrangere@centrale-canine.fr.

Si votre chien importé apparaît incomplet, envoyer un scan lisible du pedigree et des éléments manquants pour modification à genealogie.etrangere@centrale-canine.fr.

ATTENTION : Dans les deux cas, des documents généalogiques complémentaires peuvent être nécessaires pour compléter la 4e et 5e générations.

Si vous souhaitez signaler des erreurs ou ajouter des informations sur plusieurs chiens, merci de nous envoyer un mail par chien afin de faciliter le traitement de votre demande.

 

Pour toute autre question sur la fiche LOF Select de votre chien, vous pouvez contacter laurence.leroux@centrale-canine.fr.