Les handlers exposés à la crise du Covid 19

Depuis mi-mars, tout s’est arrêté pour cette profession qui dépend totalement du déroulement des manifestations canines en France mais également à l’étranger. Pour l’instant, le mot d’ordre c’est tenir, jusqu’à ce que les expositions redémarrent et que les associations de race puissent à nouveau organiser leurs Nationales et Régionales d’Elevage. 

Pascal Douis

Le handling est une activité relativement nouvelle dans la Cynophilie française. Les pionniers de ce « métier » furent Pierre Boetsch qui s’illustra en particulier, avec les cockers américains De La Haute Fortelle, Marie-France Sequino qui était devenue dès le début des années 80, une présentatrice reconnue et renommée. Mais ce n’est qu’au début de ce siècle que de plus en plus d’amateurs se sont lancés dans le handling. Depuis le début du confinement, et plus précisément, l’annulation des expositions, leur agenda est vide et ils attendent avec impatience que l’activité redémarre, sans quoi leur avenir peut être remis en cause !

Pascal Douis est connu, très connu même, puisqu’il est un pionnier dans cette profession. Il a commencé en 1998. Au début, ce n’était que le handling, puis petit à petit est venu se greffer l’élevage sous l’affixe D’Harcourt, même si sa première portée remonte à 1995. C’était une portée de whippet qui était sa « première race canine ».

« C’est un affixe que j’avais repris de mon père. Mon grand-père également était un amoureux des animaux ». Une histoire de famille ? En quelque sort, car Pascal a grandi en étant très proche de ses grands-parents, en particulier de son grand-père Lucien qui était un amateur de chiens de race : braque allemand, dobermann, boxer et tant d’autres l’entourèrent au fil des années. Il adorait aller avec lui en exposition par plaisir, « pour aller voir d’autres chiens ». Dès qu’il y avait une exposition canine pas trop éloignée de son domicile, Pascal l’accompagnait…
« C’était un amoureux de la nature. Mais avant lui, j’ai fait mes premiers pas de cynophile chez mes parents qui avaient des fox terriers et des épagneuls de Pont Audemer ».

Les fondamentaux c’est avec son grand-père qu’il va les apprendre.

« J’ai toujours été attiré par les lévriers. Pourquoi ? Je ne sais pas mais je suis tombé sous le charme du whippet qui fut mon premier chien de race. Ce n’était pas un super chien, et de surcroît, il est mort accidentellement ».

En apprenant la nouvelle, des amis de Pascal organisent une collecte et grâce à eux, il achète enfin son premier whippet inscrit au LOF. C’est l’époque où il rencontre Colette De Saint Seine, la « Dame aux Lévriers », qui l’oriente vers l’élevage XR de Chambord fondé par Jacques Gayraud disparu l’année dernière. Un chiot repart dans les bras de Pascal et il commence à s’embarquer dans les expositions.

 « J’ai commencé mes premières expositions avec lui. En 1991, j’ai tout arrêté subitement, la personne avec qui je vivais est décédée brutalement. Quelques années après ce choc terrible, je me suis décidé à retourner dans le milieu des expositions canines. J’avais à ce moment-là trois whippets. J’ai arrêté l’enseignement, j’ai testé le handling. Je me suis dit je tâte le terrain et si je vois qu’il y a quelque chose à faire, je persiste. Fin 1998, je me suis lancé en me déclarant dès le départ alors que la profession était inconnue des différentes administrations ».

Il finit par obtenir plusieurs rendez-vous avant que la Chambre des Métiers accepte de l’enregistrer. A l’époque, personne n’était encore enregistré dans le métier de handling.

« J’étais enfin inscrit avec ma carte professionnelle sur laquelle est mentionné : Profession Handler, préparation, présentation de chiens en exposition ».

L’élevage se développe avec le teckel poil long, d’abord avec un étalon qui fera une belle carrière en exposition. Puis il achète sa première chienne chez un top éleveur italien. Un excellent mélange de lignées italiennes et hollandaises. « Elever c’est savoir sélectionner, travailler des Pedigrees, derrière ce que je fais il y a de la logique dans le choix des lignées, du type sélectionné, de la pertinence des « mariages ». Les lévriers irlandais sont arrivés au début des années 2000. J’ai ramené une chienne d’Espagne qui ne devait rester que quelques temps chez moi. A force de la toiletter, l’entraîner et vivre avec elle quotidiennement, je me suis attaché à elle et j’ai proposé à son éleveur de la garder ».

D’autres géants irlandais vivront chez Pascal, dont certains venant du plus célèbre éleveur allemand Von der Oelmühle. « J’avais trouvé un accord avec cet éleveur. Je lui sortais plusieurs chiens en exposition, je les gardais chez moi. J’ai donc pu travailler sur des lignées de tout premier plan. J’ai toujours privilégié des chiens très lévriers dans leur construction car pour moi et le standard d’ailleurs le souligne, l’irish wolfhound est avant tout un lévrier ».

« Aujourd’hui, tout est à l’arrêt. Depuis le 15 mars, plus d’expositions canines signifie plus de travail. Entre-temps, j’ai préféré arrêter l’élevage ». Pour l’instant, il ne peut donc plus élever ni présenter en exposition. Mais il vient tout juste de reprendre le toilettage et l’entretien de chiens d’expositions : ses premiers rendez-vous n’ont repris que depuis le lundi 11 mai !

Il fait un petit peu de pension, réservée souvent aux chiens qu’il présente en exposition. « Actuellement, je n’ai pratiquement aucune demande, j’ai des amis qui ne font que de la pension et qui n’ont pas une seule réservation… J’ai des gens qui viennent de loin pour préparer leur chien en vue de la possible reprise des expositions mais je ne peux en faire qu’un ou deux dans la journée et de plus ce n’est pas mon activité principale ».

 

Son comptable n’avait pas de boulot pour les mois d’avril, mai, juin… Certes, il a pensé aux stages de formation. Mais ce n’est pas simple car les candidats viennent de loin…  Alors son seul souhait ? « Que les expositions reprennent au plus vite ! ». 

Cédric Jegou

Atypiques par rapport à bon nombre de leurs confrères ? Oui, très certainement, Maud Hillaireau et Cédric Jegou font partie des « présentateurs professionnels » les plus connus sur le circuit français. Ils ne sont jamais inactifs, même au cours de la période de confinement. Mais en ce début de déconfinement ils ont un calendrier d’expositions à l’arrêt et un agenda inconnu pour l’instant.

Ils ne vivent que par et pour le handling, c’est-à-dire, la préparation et la présentation en exposition de chiens de différentes races, pour le compte de clients répartis dans toute la France. Le toilettage et la pension ne sont donc pas des activités annexes, mais tout simplement, elles sont liées au métier de handler.

« Quand tout s’est arrêté le 16 mars au soir, nous savions que nous devions rebondir et trouver des solutions à cette situation unique et historique ».

Leur histoire débute il y a 16 ans. Cédric Jegou avait fait sa formation chez Pascal Douis tandis que Maud Hillaireau venait d’une formation suivie chez un célèbre éleveur de caniches moyens, aujourd’hui disparu, Philippe Coquelin. Pendant quelques années, Cédric fera naître quelques portées de bedlington sous l’affixe Of Celtic Odyssey et construira un palmarès de haut niveau avec plusieurs de « ses élèves ». Puis, en 2004, Cédric décide de lancer sa société de handling, TDS (Tendency Dogs Standing). Pas de spécialisation, car dès le début, le mot d’ordre était « tout chien ayant des qualités mérite un handling de qualité »

Les résultats ne se font pas attendre : Meilleur de race, Podiums, Victoires dans les Groupes et parfois, le Best in Show, tant en France qu’à l’étranger. Les rings d’honneur deviennent une habitude pour le couple.  Pour aller plus loin, l’idée germa de créer un magazine « à l’américaine » mettant en exergue les expositions canines et les chiens qui s’y distinguent. Mais pas seulement les leurs, ceux d’autres handlers mais également éleveurs : le magazine Dogs Revelation était né. Le N°1 sortira en janvier 2011 et sera diffusé en exposition et petit à petit, avec une édition digitale. Leur dernier numéro était un numéro spécial Championnat de France du Chien de Race 2019.  

Deux ans plus tard, création du Syndicat National des Handlers Professionnels en 2013 qui a été repris par le SNPCC (Syndicat National des Professionnels du Chien et du Chat). Puis suite logique de la revue Dogs Révélation, naissance des Dogs Revelation Awards qui récompensent les meilleurs chiens de l’année : mais sans exposition, pas de pointage et donc pas de lauréats…etc…

Dans ce contexte, difficile de faire rêver des lecteurs faute de manifestations….

« Quand tout s’est arrêté avec le confinement, au début ça n’était pas très clair pour nous. Nous avons eu l’idée de faire des cours de toilettage et de handling à distance ».

Dès le début du confinement, cette idée se développa. « On a de la chance, nous avons de bons clients, et les chiens sont chez nous à l’année. Nos activités de pension et de toilettage ne concernent que la préparation en exposition des chiens qui nous sont confiés »

L’idée de formation ? Elle nous a agréablement surpris car de nombreux prospects nous contactaient. Des particuliers qui souhaitaient s’améliorer tant sur le plan du handling et du toilettage, mais également des éleveurs connus souhaitant être prêts le jour J de la reprise des expositions.

Autre idée développée pendant la période de confinement, le transport des chiots, qui est arrivé par hasard. « On s’occupait de nos chiens et une éleveuse et amie, Mathilde Charpigny, a évoqué le sujet avec nous. Comment s’organiser pour livrer des chiots dans toute la France dans les meilleures conditions ». Un long travail de préparation fut donc engagé avec cette éleveuse, et Cédric, qui avait tout ce que requiert un tel métier, s’est chargé de la livraison « en prenant bien soin, de ne jamais mixer les élevages lors d’une livraison. Un élevage, une portée, une tournée organisée de bout en bout pour des raisons sanitaires et que les chiots voyagent dans d’excellentes conditions ».

 

« On ne sait pas, ce que l’avenir nous réserve. On fait avec, on fera tous les efforts pour cette année 2020 en puisant sur nos réserves. Espérons que les mentalités vont changer et que les habitudes et les comportements d’hier auront fait place à plus de discernement. Très clairement, il y aura un après Covid-19 et la cynophilie tout entière devra revoir ses us et coutumes ». 

Audrey Garcia

Autre professionnelle installée et reconnue, Audrey Garcia, qui a débuté comme toiletteuse alors qu’elle n’avait que 22 ans. Quand des clients la voyaient pour la première fois, ils demandaient à voir la patronne… qui pourtant se trouvait devant eux !

« Je vivais à l’époque près d’Aix en Provence. Ma mère et ma sœur élevaient des caniches sous l’affixe Del Rey Rakashi. J’ai donc baigné dans l’élevage dès mon plus jeune âge. Ensuite, j’ai décidé de m’éloigner avec mon compagnon, Jérôme Pain, avec qui j’ai élevé quelques portées dans deux races, le caniche et le bearded collie, sous l’affixe Victory Wind’s.

Les expositions faisaient partie de ma vie pratiquement chaque week-end et la semaine, j’avais mon activité professionnelle avec le salon de toilettage. Au fil des années, nous voulions changer d’air, avec beaucoup d’espace pour nos chiens et nous souhaitions nous installer dans le Centre de la France. Pour différentes raisons, facilité d’accès, cadre de vie, budget, notre choix s’est porté sur l’Allier. Nous avons fini par revendre le salon de toilettage et nous sommes venus nous installer à une trentaine de kilomètres de Montluçon ».

Professionnellement, Jérôme diffuse pour la France toute une gamme de produits cosmétiques pour Chiens, Chats et Chevaux sous la marque MD 10 et il s’est également spécialisé dans le commerce en ligne dédié aux animaux de compagnie. Son activité a relativement bien marché pendant le confinement, confirmant l’explosion des achats sur internet pendant cette période.    

« A partir du moment où les expositions se sont arrêtées, le stress s’est installé, car nous venions de faire l’acquisition d’un véhicule totalement dédié à l’activité de Handling et qui est arrivé quelques jours avant le début du confinement. Je me suis concentrée uniquement et par choix sur ce que j’aime vraiment faire et me passionne : m’occuper des chiens, y passer le plus clair de mon temps, les toiletter, jouer et me balader avec eux, débuter une éducation douce pour les jeunes chiens sans oublier de préparer et d’entrainer pour les futures expositions. Ma campagne bourbonnaise s’y prête parfaitement bien ».  

Audrey à des chiens à demeure que des clients lui ont laissé en toute confiance et aussi par solidarité face à cette situation ahurissante de ne pas pouvoir exercer sa profession de handler. Donc, elle peut continuer à les préparer et les toiletter. Lorsque les expositions reprendront, les chiens seront fin prêts.

Chez elle ni formation à distance, ni livraison de chiots pour le compte de tiers. Mais Audrey arrive à joindre les deux bouts « et je dois avouer que cette période de confinement a en définitive été positive car après des années à courir chaque semaine, chaque jour, se poser nous a fait le plus grand bien pour repartir dès que les expositions reprendront ».  

Son comptable lui conseillait d’arrêter de payer ses charges et d’honorer les factures, en lui conseillant de repousser les échéances… mais comme le dit l’adage, ce qui est fait n’est plus à faire elle a préféré régler en temps et en heure. Il faut donc que sa société Goldie Curly Handling puisse présenter et exposer rapidement. Elle attend donc de pied ferme une reprise des expositions et concours pour tout simplement exercer son métier de présentateur professionnel. 

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