Du côté des toiletteurs : se faire tondre par la crise ? Hors de question !

A l’instar de leur homologues coiffeurs, les toiletteurs et les spécialistes du Grooming ont tout arrêté le 15 mars dernier. Magali Delaye, une des grandes spécialistes françaises, nous raconte son parcours, avant, pendant et après le confinement. 

Elle est née au début des années 70 et a baigné dès ses premiers pas, au milieu du roi des terriers, l’airedale, que sa mère Maryse élève depuis 1965 sous l’affixe devenu célèbre Du Haillet des Cornereides. L’élevage est installé « sur la route des vacances » à Brignoles, un nom qui évoque les cigales, et compte une quarantaine d’adultes, en majorité des fox terriers.

Magali suivait les pas de ces grands terriers britanniques et en observant sa mère les « toiletter » régulièrement, elle se jette dans le bain, en maniant avec une dextérité certaine, son premier couteau à épiler. Bien entendu, elle suit et reproduit les gestes et le savoir-faire maternels. Elle n’a alors que 9 ans.

« Puis au fil du temps, j’ai aidé ma maman dans tous les domaines de l’élevage, ainsi que la préparation aux expositions et jusqu’à l’âge de 15 ans, je faisais essentiellement du stripping. Lorsque des clients venaient à l’élevage, je l’aidais à les recevoir et à toiletter leurs chiens ». Quand un élevage est spécialisé dans les terriers, les clients reviennent régulièrement pour avoir un chien bien toiletté, tant pour le plaisir que pour d’éventuelles expositions !

Puis, quelques années plus tard, elle fait ses premières armes à Aix en Provence, chez le patron d’un salon de toilettage afin d’y remplacer Denys Lorrain (élevage Slicey), qui venait d’être sacré Champion de France de Toilettage et qui était parti s’installer à son compte. Aujourd’hui, il vit en Italie. Ironie de l’histoire, Denys était venu apprendre « le métier » chez la maman de Magali, afin de connaître tous les ressorts d’un toilettage de qualité de l’airedale terrier au fox terrier.

« Je savais épiler, puis ensuite, j’ai appris toutes les autres techniques de toilettage. En 1991, voulant voler de mes propres ailes, j’ai ouvert un premier salon de toilettage à Brignoles. Rapidement débordée, j’ai décidé d’en ouvrir un second. Les deux affaires marchaient très bien et occupaient la majorité de mon emploi du temps. Ce n’est qu’ensuite, que j’ai participé à de nombreux concours internationaux de toilettage et avec succès. Cette notoriété m’a fait connaitre de clients spécialisés dans le Terrier qui appréciaient mon savoir-faire ».  

Ce qu’il faut préciser, c’est qu’à cette époque, 90% des « clients » des salons de toilettage étaient des caniches de toutes tailles. Ce qui signifiait une extension des compétences de Magali.

Elle reconnait cependant que l’élevage demeure la principale activité aujourd’hui et le salon de toilettage – il n’y en a plus qu’un seul – est installé sur le même site car il est fortement lié aux activités de l’élevage. « Pendant le confinement, J’ai reçu énormément de coups de fils et de courriels pour des réservations de chiots car en mars et avril, nous n’avions quasiment plus de chiots disponibles. Je n’ai pas pu honorer toutes les demandes, donc beaucoup de prospects sont actuellement sur une liste d’attente pour les naissances qui auront lieu au 1er semestre 2021 ».

Comme vous pouvez l’imaginer, le salon de toilettage a été fermé pendant toute la durée du confinement. Cela signifie que pendant près de deux mois, Magali n’a pas reçu un seul client. Elle en a profité pour s’occuper du cheptel de l’élevage et de tous les préparer pile poil.

A ce manque de revenus s’est ajoutée l’impossibilité d’exercer l’autre métier de Magali, la formation professionnelle, une activité initiée en 2004 avec un petit centre de formation au cœur de son salon de toilettage. En 2007, elle est nommée juge de concours, arrêtant de facto sa participation à des compétitions de toilettage. Elle a depuis été invitée régulièrement à juger des concours en France et à l’étranger. Tout son savoir-faire se retrouve dans son centre de formation : « J’ai aujourd’hui beaucoup d’élèves qui sont passés par mon centre de formation et qui sont devenus des champions de l’art du toilettage et plusieurs sont installés avec beaucoup de réussite dans leur métier ».

Le confinement a donc généré une perte sèche de chiffre d’affaires pour le salon mais également les formations qui ont été totalement annulées pendant près de 8 semaines. Coup de chance pour elle, les toiletteurs qui avaient réservé ont accepté de reporter leur formation à une date ultérieure.

« Actuellement, c’est compliqué d’organiser des séances de formation, avec les règles sanitaires draconiennes que nous devons impérativement respecter. Depuis lundi 11 mai, 1er jour du déconfinement, et avec la réouverture des salons, je déplore que les « toiletteurs » et « apprentis »  ne puissent venir en formation car eux-mêmes possédant souvent un salon de toilettage, ils ont du travail à rattraper ». Rien n’est simple.

Face à cette situation historique, Magali a développé quelque chose de très pratique : pas de déplacement possible des « élèves » ? Qu’à cela ne tienne, elle se lance dans la vidéo conférence, avec des séances pratiques de toilettage filmées en direct. « Beaucoup de personnes qui participaient à ces séances en ligne m’ont fait un retour très positif. Je crois, malgré le déconfinement que je vais développer cet outil de formation en améliorant la technique pour filmer dans le salon de toilettage, car nombre d’élèves viennent de loin, beaucoup plus loin que les 100 km autorisés à vol d’oiseau ».  Delaye Master Formation Continue est un centre de perfectionnement au Toilettage canin et très clairement, la période de confinement a donné de nouvelles idées à Magali.

 

Du côté des compétitions, tous les concours de Toilettage sont annulés, tant en France qu’à l’étranger jusqu’au mois de septembre !  Même le fameux Championnat du Monde de Toilettage qui devait se dérouler en mai, en France à Dijon, a été annulé. « Dans ce contexte difficile de crise sanitaire grave, je suis plutôt optimiste et je pense même que 2020 va être un très bon cru. Le confinement ne m’a pas trop gênée et l’activité du 2ème semestre s’annonce d’ores et déjà très encourageante ».  Aleluya !

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