Covid 19 : Le point de vue des pensions

Le confinement a laissé des traces dans de nombreuses activités canines, notamment, les pensions pour chiens. Tous nos interlocuteurs sont unanimes : le confinement a véritablement tué l’activité et ce n’est pas terminé. 

La Pouponnerie

Nos interlocuteurs n’y vont pas par quatre chemins. A l’instar de Jocelyne Poupon et de sa fille Justine, qui gèrent une structure importante à deux heures de Paris : l’élevage Du Pré Moussey spécialisé dans le golden retriever et le berger allemand ainsi que différentes races de petits chiens d’agrément.

Elle est installée dans l’Aube (10) à Virey-sous- Bar, où se trouvent ses principales installations : « Depuis l’annonce du confinement et son démarrage effectif le 16 mars, notre activité pension est réduite à néant. Les habitués, qui partaient en week-end, prenait quelques jours de vacances à Pâques et ceux qui prenaient la poudre d’escampette pour s’évader sur un autre continent, aucun d’eux n’est bien entendu venu cette année. Ceux qui avaient posé une réservation ont demandé d’être remboursés. Les seuls clients qui viennent mettre leur chien en pension sont obligés de le faire sinon ils s’abstiennent ! Même le salon de toilettage est à l’arrêt car, comme le coiffeur, nous devons être fermés et les chiens qu’il faut impérativement toiletter à cette époque devront patienter… ».

La messe est dite ?

Pour Jocelyne, la pension, c’est mort actuellement, et ça risque évidement de perdurer car les vacances d’été s’annoncent catastrophiques pour la profession. En juillet et août, le taux de remplissage d’une pension est de 100%. Mais les annonces gouvernementales concernant les voyages à l’étranger et l’absence de visibilité face à cette pandémie, impliquent que nombre de clients habituels vont rester dans l’hexagone et choisir un lieu de vacances où les chiens seront acceptés. Résultat, une année très difficile à passer pour les pensions canines !

Pour mettre un peu de « baume au cœur » face à cette situation, Jocelyne rajoute : « Heureusement, contrairement à certains de nos confrères qui ne font que de la Pension, nous avons un élevage qui marche bien, avec une demande particulièrement soutenue depuis mars. Les demandes sont telles que nous ne pouvons toutes les satisfaire et nous invitons tous les futurs clients à s’armer de patience ».

Même son de cloche entendu dans l’élevage Du Haras de la Vergne géré par Bastien et Mathilde Charpigny qui considèrent cette année 2020 comme « catastrophique pour les pensions canines et félines » et sur le plan économique, des difficultés dont ils se seraient bien passés.

 

Les dresseurs qui ont une pension nous ont également fait part de leur désarroi face à des parcs, boxes et courettes vides. 

De Lady Noire

Autre point de vue, celui de Outi Kerkela et de son conjoint Thierry Marquet qui élèvent des schnauzers géants et nains dans le sud de l’Essonne sous l’affixe Scapman’s.
Ils ont une pension avec service de toilettage dont l’activité est actuellement réduite à néant. « Jamais je n’ai été confrontée à une telle situation. Habituellement, au mois de mars, les clients partaient au ski et laissaient leurs chiens et/ou chats en pension, puis également pendant les vacances de Pâques entre fin avril et début mai. Avec le confinement, je n’ai pas vu un seul client tout comme mon Salon de Toilettage alors que nous pouvions parfaitement gérer la venue de chaque client en respectant scrupuleusement les règles sanitaires en matière de Covid-19. ».
Plusieurs milliers d’euros si ce n’est beaucoup plus sont partis en fumée… plus précisément un chiffre d’affaire nul pour les activités de service annonce des lendemains difficiles. Et pire encore, selon elle, la pension cet été ne fera pas le plein alors que les factures des fournisseurs et des différents organismes seront bien au rendez-vous. Elle a donc déposé avec son expert-comptable un dossier afin d’être en partie indemnisée, mais pour l’instant, rien n’est venu créditer le compte bancaire de son activité pension ou toilettage.
« Dans une telle situation, je ne peux pas tourner en rond comme un lion en cage :  mes chiens sont toilettés au poil près, les installations nettoyées et repeintes, modernisées… Il faut bien que l’absence de clients me permette de préparer la reprise ».

Autre opinion, dans la lignée des précédentes : celle de Sylvain Raclin, qui sélectionne sous l’affixe De Lady Noire des bergers allemands et des bergers belges malinois pour le travail. Il est installé à Pernes-Les-Fontaines dans le Vaucluse (près d’Avignon). A côté de ses activités d’éleveur, il possède un terrain d’éducation et de dressage et gère également une pension : « Pour la première fois depuis la création de notre pension, je n’ai reçu aucune réservation pour le mois de mai, alors qu’habituellement les mois d’avril et de mai avec les vacances de Pâques et les ponts sont bien remplis. J’avais quelques chiens en pension début mars, qui sont partis entre-temps et depuis, je n’ai pas un seul pensionnaire dans mes boxes ! ».
Le dressage, n’en parlons pas, les terrains sont fermés donc pas d’entrainement et de préparation pour les futurs concours et compétitions. Et la réouverture ne se présente pas sous les meilleurs auspices.
Quant à l’élevage, « J’ai même vu des clients annuler car ils ne voulaient pas prendre en charge une partie des frais de livraison. Car bien entendu, ils ne peuvent pas se déplacer pour venir chercher leur chiot lorsqu’ils ont plusieurs centaines de kilomètres à parcourir. Donc ils annulent et repoussent à une date ultérieure, sans préciser de date. Avec des réservations annulées sur les meilleurs mois, l’année s’annonce catastrophique pour notre pension ».

 

Dans le midi, les touristes étaient souvent de bons clients occasionnels qui venaient chaque année, lui confier leurs chiens et/ou chats, et pour l’instant, il n’y a aucune réservation soulignent tous nos interlocuteurs très inquiets pour leur activité de pension. 

Le Palais des Papes

Du côté d’Avignon, l’élevage du Palais des Papes fondé au début des années 80 par Serge Laugier, sélectionne plusieurs races. La société dispose également d’une pension importante. Installé sur une propriété de 3,5 hectares, son emplacement se situe à quelques minutes du centre-ville historique d’Avignon. Pension canine, pension féline, salon de toilettage, magasin spécialisé, terrain d’éducation et de dressage attenant, tout est fait pour qu’un propriétaire puisse trouver tout ce qu’il peut souhaiter sur un même site. De surcroît, il y a un élevage important qui bénéficie d’installations de tout premier ordre. Et pour aller plus loin, l’élevage accueille également deux séances de confirmation sur son site chaque année. Mais le confinement est venu tout bousculer.
Pour Serge Laugier, le créateur de cette très belle structure, « C’est la galère depuis février pour l’activité pension, car nous avons vu les prémices de cette crise arriver dès la période des vacances d’hiver avec beaucoup d’annulations. A cette période, lors d’un voyage personnel, j’étais stupéfait par le nombre de passagers avec un masque et je pressentais que quelque chose de grave arrivait…
Sur les quatre premiers mois, j’accuse une baisse significative de mon chiffre d’affaires avec une activité pension réduite à néant, tout comme le service toilettage et la boutique d’aliments et accessoires a été désertée par nos client habituels. Je peux estimer la perte à près de 10 000 Euros par mois. Et ce n’est pas terminé, car le mois de mai, qui avec le mois d’août et les vacances de Noël, représente une période capitale pour la pension, je ne vais rien faire et je suis très inquiet pour cette période estivale habituellement pleine.
Heureusement, notre activité majeure, l’élevage, marche bien, très bien même, avec des ventes et des réservations record !
Je passais depuis quelques semaines tellement de jours sur nos outils en ligne afin de répondre aux personnes recherchant un chiot, que ce soit pour l’acquérir tout de suite ou à réserver, que j’ai pour l’instant arrêté de répondre à toutes les sollicitations. Dans le contexte actuel, nous sommes une équipe réduite pour nous occuper de l’élevage, des portées, des naissances etc…et je n’ai plus le temps de tout faire !
Avec mon statut d’exploitant agricole, je m’occupe également de livrer les chiots chez les acquéreurs et dans le même temps, je leur livre les croquettes et les accessoires requis
 ».

 

2020 s’annonce comme une année noire pour la grande majorité des professionnels du secteur et ce n’est malheureusement pas terminé !  

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