Interview de Marie Abitbol

Le professeur Marie Abitbol, vétérinaire, enseignante-chercheuse en génétique, consultante en médecine préventive à l’école vétérinaire de Lyon (VetAgro Sup) et membre de la commission scientifique de la SCC a accepté de répondre à nos quelques questions concernant l’impact de la crise sanitaire pour la formation des vétérinaires et sur l’avancement de ses projets de recherche en génétique pendant le confinement.

Comment se déroulent les enseignements pour les futurs vétérinaires à VetAgro Sup ? Quel est l’impact du confinement sur leur formation ?

Tous les enseignements continuent en « distanciel » pour toutes les promotions jusqu’à la fin du déconfinement. Les étudiants disposent des cours sur une plateforme en ligne via des documents écrits, des vidéos de cours et ont accès à des exercices en ligne. De nombreux cours sont également dispensés en direct, grâce à la visioconférence. Ce système fonctionne très bien notamment car il a été mis en place rapidement ; les équipes pédagogiques, la direction et les équipes support de VetAgro Sup ont été très réactives et ont facilité le travail des enseignants. Je n’avais pour ma part plus beaucoup d’enseignement en formation initiale à dispenser cette année, mais les Travaux Dirigés (TD) ont pu être réalisés en ligne sans soucis. Les Travaux Pratiques (TP) de génétique qui étaient prévus ce semestre seront reproposés à la rentrée. Les enseignements reportés seront optionnels mais les élèves sont généralement friands de ces TP notamment car nous y génotypons leurs propres chiens pour la sensibilité médicamenteuse MDR1. Or Bergers australiens, chiens de Berger des Shetland et croisés Border Collie sont particulièrement représentés sur le campus vétérinaire ces dernières années ! [NDLR : la mutation responsable de la sensibilité médicamenteuse MDR1 est fréquente dans ces races.]

 

Savez-vous si les concours d’entrée en école vétérinaire auront lieu cette année ?

Oui, les concours auront bien lieu. Bien que les épreuves orales soient annulées, les épreuves écrites du concours d’entrée en école vétérinaire sont maintenues. Une nouvelle promotion démarrera donc bien sa formation dans chaque école vétérinaire à partir de la rentrée de septembre 2020.

 

Comment avancent vos travaux de recherche sur le chien en cette période inédite ?

La vie du généticien a beaucoup changé depuis 20 ans. Le travail de laboratoire jusqu’alors constitué en grande partie de manips à la paillasse est de moins en moins nécessaire, tandis que les analyses de données sur ordinateur sont devenues prépondérantes. Les projets de recherche sur lesquels je travaille n’ont donc pas vraiment été impactés par la période de confinement. Grâce au concours de thésardes vétérinaires, nous avançons sur l’identification des facteurs génétiques responsables de trois maladies héréditaires canines : la surdité chez le berger de Beauce (non liée à la couleur merle), l’ataxie juvénile du coton de Tuléar et l’ataxie spino-cérébelleuse du berger australien. Ces trois projets de recherche ont d’ailleurs été financés soit par la Société Centrale Canine, soit par le Fond de recherche SCC Agria.

 

Devoir rester chez soi, c’est l’occasion d’apprendre ou de mieux comprendre certaines notions et pourquoi pas la génétique, mais sans professeur cela semble difficile. Que pourriez-vous dire aux lecteurs concernant les modules d’apprentissage en ligne sur les couleurs de robe qui seront proposés prochainement sur le site de la SCC ?

Ces modules sont le fruit d’une collaboration entre la SCC, Royal Canin, Wolf Learning Consulting et l’équipe de génétique de VetAgro Sup. Ils ont été développés afin de démarrer facilement l’apprentissage des bases de la génétique et de la coloration de la robe chez le chien. Nous espérons donc que les éleveurs vont les utiliser pour augmenter en compétence dans ces deux domaines. Ces modules d’apprentissage en ligne constituent en effet une excellente entrée en matière pour comprendre les bases de la génétique puis les tests de maladies et l’interprétation de leurs résultats. Avec le développement des offres de tests génétiques et de la génomique (qui fournit de nombreuses données sur les génotypes des chiens), il peut parfois être difficile d’appréhender certaines notions. Mais nous pensons que celles-ci seront bien plus facilement comprises et assimilées grâce au prisme de la couleur de la robe du chien.

 

En parlant des éleveurs, recevez-vous plus de questions de leur part en matière de génétique en ce moment ?

Je reçois en effet des questions d’éleveurs en matière de génétique, mais pas plus que d’habitude. A mon avis, cela signifie simplement que les éleveurs sont restés très occupés par leurs autres activités (lorsqu’ils en ont), mais sans pour autant délaisser l’activité d’élevage.

 

Vous êtes également consultante en médecine préventive à VetAgro Sup, que pourriez-vous nous dire concernant le fonctionnement des activités cliniques de l’école ?

En accord avec les préconisations des instances vétérinaires, le service de médecine préventive a été fermé au début du confinement. En effet, beaucoup d’actes peuvent être reportés puisqu’ils ne relèvent pas de la médecine d’urgence. Actuellement, hormis pour le service des urgences, toutes les consultations sont suspendues. La réouverture de certaines consultations est prévue pour le 11 mai. Jusqu’à la rentrée de septembre, il est prévu que seuls les élèves de cinquième année et les internes pourront éventuellement reprendre les enseignements cliniques, sur la base du volontariat.

Propos recueillis par le docteur Ambre Jaraud-Courtin.

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