Lycées agricoles : la filière « animal de compagnie » face au confinement

Pascal Henault est enseignant en zootechnie et cynotechnie au lycée de la nature et du vivant de Somme Vesle (51) au sein de la filière baccalauréat professionnel « Conduite et Gestion d’une entreprise dans le Secteur Canin et Félin » (CGESCF). Il doit faire face comme la totalité de ses collègues à cette période jamais vécue depuis les années quarante. Il fait le point sur cette situation inédite. 

Quelle est la situation de votre établissement ?

La plupart des établissements dispensant des formations dans lesquelles « le vivant » animal est au centre de l’apprentissage professionnel. Cela reste compliqué mais gérable pendant cette tourmente mondiale.

 

Quelle est la situation des animaux sur le site ?

Les animaux n’échappent pas à la règle et sont en confinement justifié dans la plupart des établissements, y compris ceux qui pourraient bénéficier d’une vie de famille et pour plusieurs raisons :   

– Sociale : Eviter de multiplier les déplacements en ville et causer un souci supplémentaire aux familles avec à l’avenir, l’utilisation supplémentaire de « masques de protection » lors des sorties des chiens.

– Sanitaire : Possibilité pour l’encadrement sur place de réaliser les premiers soins de tout animal malade ou blessé. Éviter de la part des élèves, des déplacements trop fréquents chez le vétérinaire (période de déplacement réglementée) et parfois non justifiés. Le problème d’espace, suite au confinement de toute la famille dans un appartement, n’est pas envisageable. Demeure également la difficulté de prévoir le complément en alimentation canine ou féline (avec la fermeture de nombreux magasins spécialisés).  

-Technique : Seul et en fonction du caractère et de la race du chien, l’Apprenant ne maitrise pas d’emblée la progression d’une méthode de travail d’éducation

 

Comment les gérez-vous au quotidien ?

Le bien-être animal est au cœur des conversations lors de concentration d’animaux. Leur domestication les rend tributaires de nos connaissances zootechniques quel que soit les espèces (animaux de rente, et domestiques).

Pour les chiens, chats et nouveaux animaux de compagnie (pour les établissements effectuant une formation spécifique en animalerie) la tâche est plus délicate. En concert avec la direction, nous organisons un travail journalier de surveillance afin de subvenir aux besoins physiologiques et psychologiques des chiens.

 

Plus d’animaux sur le site signifie plus de travail au quotidien ?

 

C’est une autre de nos préoccupations, l’entretien des locaux en planifiant un service de nettoyage dans le respect des mesures de biosécurité. Pour les jeunes chiens, après avoir réalisé une bonne socialisation avant le confinement et si les chiens ou chats sont en âge de puberté, nous ne négligeons pas cette période importante pour la stabilité caractérielle et émotionnelle du chien ou du chat. Cela passe par un travail d’éducation /détente progressif et continu (cynotechnie) afin d’éviter des dérives comportementales (hiérarchie, syndrome du chenil, troubles obsessionnel compulsifs…) qui pourraient être néfastes par la suite pour l’animal et son entourage. C’est notre préoccupation de chaque jour depuis l’arrivée de ce virus.

Les soins aux animaux ne posent pas de problème particulier ?

Nous avons été très vigilant pour le ravitaillement en nourriture en anticipant sur le planning des commandes. Nous veillons également à respecter un calendrier vaccinal en fonction des services de transport et de l’agenda du vétérinaire traitant.

 

Comment occupez-vous les « pensionnaires » qui sont eux aussi confinés ?

Rester en courette pour un chien plusieurs jours voire un mois n’est pas une maltraitance si ce dernier est soigné, manipulé et éduqué chaque jour. Le bien-être et la maltraitance sont de vastes sujets. Faut-il un grand espace pour un chien inoccupé ou un espace restreint aux normes ICPE pour un chien ou un chat en activité journalière ?

 

Avez-vous instauré le télétravail entre les professeurs et les élèves ?

Depuis le 17 mars, les enseignants / formateurs et élèves de notre établissement sont obligés de télétravailler à distance et d’échanger à distance. Tout se passe très bien au niveau des cours, des rendus et du partage enseignants / élèves par le biais des classes virtuelles.

 

Et la formation pratique est donc impossible actuellement ?

Malheureusement reste la problématique des filières agricoles, services aux personnes et l’élevage canin et félin qui demandent une bonne partie de pratique mais les parents ne peuvent pas se substituer à l’enseignant technique. Nous devons également faire face aux différents problèmes inhérents au numérique (zone blanche, absence de matériel informatique au sein des familles et saturation des outils et des réseaux). Concernant les périodes de stage en entreprise d’élevage, un calendrier scolaire sera adapté afin de répondre aux exigences de la formation pour les classes rentrantes en Septembre 2020.

 

Comment allez-vous gérer les examens ?

Au niveau des épreuves terminales du BACPRO CGESCF pour la session 2020 l’Autorité académique des établissements publics, privés et des maisons familiales œuvre chaque jour pour trouver la solution la plus adaptée afin d’assurer une égalité de traitement qui doit être conçue dans un esprit de bienveillance vis à vis des candidats et de confiance vis-à-vis des équipes enseignantes.

 

 

Merci d’avoir répondu à nos questions. 

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