Interview de Frédéric Maison

 Comment les associations de race font face à cette période de confinement et tout ce que cela change dans notre quotidien ? Le Dr Frédéric Maison, éleveur, juge, membre du comité de la SCC et président de la Commission d’élevage, préside également le RALIE (Rassemblement des Amateurs de Lévriers Irlandais et Ecossais). Il a accepté de répondre à nos questions. 

SCC : Comment le RALIE fonctionne actuellement ?

Frédéric Maison : Le RALIE, comme beaucoup de clubs, était passé à l’ère du numérique depuis longtemps et nous fonctionnons en organisant des consultations par mail et uniquement une ou deux réunions physiques par an. Par la force des choses, notre club a adopté le télétravail !

 

 

L’impact de la pandémie touche tout le monde. Comment les membres du RALIE réagissent ?

Les membres du RALIE sont majoritairement sereins face à la pandémie et compréhensifs. Cette situation inédite a bousculé notre programme habituel mais la santé de tous est la priorité absolue et nous ne pourrions imaginer un instant avoir des victimes sur la conscience. Je crois que cela est clair pour nos adhérents.

 

Les demandes d’informations en ligne ou téléphoniues sont-elles en berne ?

A notre grande surprise, les demandes de renseignements sont en forte hausse depuis le début du confinement à l’exception d’une période initiale de « sidération » qui n’a duré guère plus d’une semaine. Pour en avoir discuté avec des éleveurs ou des responsables d’autres clubs, cela semble général et concerner toutes les races.

 

 

Toutes les manifestations canines sont annulées jusqu’au 15 juillet prochain. Comment le club gère cette situation ?

Nos chiens et nos races survivront assurément à une annulation des manifestations pendant quelques mois. Je vous rappelle que nos ancêtres ont élevé pendant des siècles sans ces épreuves. Certes ces dernières sont une aide sérieuse à la sélection mais la période actuelle est peut-être l’occasion de de les remettre à leur juste place, celle d’une aide, et non de tout faire reposer sur elles. La disparition complète et définitive des concours poserait un réel problème et nécessiterait alors de réinventer la sélection du chien de race mais leur annulation pendant une période aussi limitée, quand bien même elle se prolongerait jusque l’année prochaine, ne pèsera pas sur le destin de nos races.

 

 

La Nationale d’élevage est également annulée. Comment le RALIE gère cet événement majeur de l’année et un report est envisageable ?

 

Le comité du RALIE a préféré annuler purement et simplement notre ENE initialement prévue en Mai. La reporter au second semestre semblait compliqué et aurait surchargé un planning déjà bien rempli de manifestations importantes comme les championnats français, européens et mondiaux. Cependant, nous étudions la possibilité d’un CACS de championnat à la spéciale lévriers de Pompadour.

Comment se passe la vente des chiots, pour les éleveurs d’Irlandais et de Lévriers écossais ?

Comme je l’ai dit précédemment, les demandes de chiots en cette période de confinement sont plutôt en hausse. Ce qui pose un problème, c’est plutôt l’enlèvement ou la livraison des chiots, officiellement autorisés aux professionnels uniquement. L’exportation est également bloquée du fait de la fermeture des frontières. De nombreux chiots grandissent ainsi paisiblement sous le soleil printanier dans leurs élevages, ce qui n’est pas un vrai problème pour les petites structures familiales. Elles représentent l’intégralité des élevages de nos deux races. Ce qui m’inquiète d’avantage et qui concerne pour le coup toutes les races, c’est la motivation des acheteurs, désœuvrés et confinés, qui se découvrent une passion subite pour la gente canine. Le beau temps aidant, tout le monde a envie d’adopter un chiot ou un chien sans vraiment se préoccuper de l’après confinement. Des éleveurs peu scrupuleux, profitent de l’occasion pour refourguer à bon prix des chiots à des familles (ou des célibataires) qui ne seront plus en mesure de le garder après le 11 Mai, quand la vie d’avant reprendra à un rythme probablement plus effréné encore car il faudra bien relancer la machine économique. Quand notre pays va se réveiller de cet engourdissement, bon nombre de ces chiots, acquis de manière compulsive, vont devenir un souci. Il faudra alors s’attendre à des retours ou des abandons dont les seules victimes seront, une fois encore, ces pauvres animaux. Il n’est rien de pire que de se tromper sur les capacités d’accueil et des motivations d’un propriétaire. La période que nous traversons est propice à ce genre d’erreur et, à l’exception des chiots réservés de longue date, nous ne devrions pas vendre en ce moment. C’est le conseil que je donne aux éleveurs soucieux du bien-être de leurs protégés.  

 

 

Face à l’absence d’examens de confirmations depuis plus d’un mois, comment le RALIE fait face ?

Nos races entrent en reproduction plutôt tardivement, surtout pour les femelles. L’absence d’examen de confirmation pendant quelques mois n’est donc pas un réel problème. Si la situation devait persister, il reste les confirmations à domicile. Mais dans ce cas, je pense que les régionales pourraient organiser des séances de confirmation sur rendez-vous avec respect des gestes barrières comme cela se passe dans les cliniques vétérinaires.  

 

Quel est l’impact de la situation sur la sélection des deux races ?

Comme je l’ai indiqué précédemment, aucune race, aussi sensible soit elle, ne devrait voir sa sélection impactée par l’absence de manifestation sur une durée aussi courte. Quelques mois, une année, sont un epsilon sur l’échelle de l’évolution d’un mammifère. Aucune crainte de ce côté.

 

 

L’impossibilité de se déplacer pour un éleveur non professionnel que ce soit pour livrer un chiot ou aller faire saillir une femelle, représente-t-elle un gros problème actuellement dans les races gérées par le RALIE ?

Notre cheptel est limité et à ma connaissance, il n’y a actuellement aucune situation critique. Certes, cela représente une gêne mais n’est-ce pas mineur face à la gravité de la pandémie qui affecte notre pays depuis plusieurs semaines. Il faut raison garder et hiérarchiser les problèmes.

 

Quel souhait voudriez-vous formuler pour le prochain semestre ?

 

Je ne dirais pas que mon souhait et que tout retourne à la normale pour le second semestre car, en fait, la normale signifie la situation antérieure, celle d’avant la pandémie. Hors l’élevage est en perpétuelle évolution. Nous n’élevons pas de la même façon qu’au 19ème siècle, ni même qu’à la moitié du vingtième siècle. Cette pandémie pourrait (L’avenir nous le dira) être le catalyseur d’une mutation vers un élevage plus responsable et écoresponsable, en réduisant nos déplacements, en produisant moins mais mieux, en étant soucieux de l’origine des aliments que nous donnons à nos chiens, en ciblant mieux nos clients…
Une tragédie voit sa peine amoindrie si, une fois le cataclysme passé, elle débouche sur une situation meilleure. Cela est mon souhait pour l’avenir.   

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