Covid 19 : les dresseurs sont à l’arrêt

Que vous ayez un jeune chien de chasse en attente d’être débourré ou un futur crack des Field, il y a fort à parier qu’il passe entre les mains de ces magiciens de l’éducation et du dressage…  Mais depuis mi- mars, ceux qui font le bonheur de nombreux chasseurs de l’hexagone se sentent oubliés… et revendiquent haut et fort leur envie d’exercer leur métier… tout simplement ! 

« La situation est très grave parce que les dresseurs professionnels, sont très souvent éleveurs et ont une pension avec zéro activité depuis plusieurs semaines et je ne parle pas du dressage qui est réduit à néant » souligne Dominique GUILLON, Président de l’Association des Dresseurs Professionnels.

« Le SNPCC a réuni plus de 80 professionnels représentants toutes les professions du chien et du chat et a déposé un dossier complet pour les reprises d’activités par métier avec des protocoles sanitaires. Respectant toutes les directives gouvernementales, ce dossier est en attente de validation par les ministères du travail et de la santé ».  

En définitive, pour répondre aux besoins essentiels de ces différentes activités, ces protocoles ont été créés afin de permettre aux différents dresseurs professionnels de l’hexagone, de faire une chose simple : exercer leur métier.

« Il y a un protocole par métier. Pour le Dressage, Comme nous avons généralement deux mois de dressage qui sont réservés par nos fidèles clients, nous avons mis en place un protocole sanitaire spécifique avec le SNPCC et sommes dans l’attente de sa validation par les instances concernées »

Ce protocole, qui est en attente de validation, permettrait aux dresseurs de recevoir leurs clients venus leur amener leur (s) chien (s) dans des conditions sanitaires respectueuses de la lutte contre le Covid-19. L’envie, le temps, la compétence et les territoires sont là pour débourrer, entraîner et préparer les concours et surtout, les grands championnats : mais pour l’instant, l’arrêt des concours ne leur facilite pas la tâche… et le temps file !

Le métier de dresseur de chiens de chasse, et en particulier, de chiens d’arrêt demeure inconnu de la grande majorité des cynophiles. « Nous sommes minoritaires et peu nombreux, Il faut gérer dans un timing précis, et pouvoir prendre en mains les chiens de nos clients dans de bonnes conditions. Dans l’état actuel des choses, je n’ai qu’un seul constat : la situation est catastrophique »

 

Laissez-nous simplement travailler

Autre son de cloche, à la fois empreint de tristesse et de rage. Celui de Bruno HYTIER, qui est encore plus inquiet de la situation de sa profession dans cette période de confinement. Installé dans le Doubs (25) à Pontvillers, il élève plusieurs races de chiens d’arrêt sous l’affixe Du CLOS DE LA BAUDELIERE. Mais son activité principale demeure le dressage, une profession qui est avant tout sa passion au quotidien qu’il vit aussi bien avec de jeunes chiens à débourrer que des adultes rompus aux plus grandes compétitions de Printemps et d’Automne.

« Je vis de l’élevage et du dressage, donc automatiquement, j’ai des appels quotidiens et je ne peux pas répondre positivement.  A cette époque, au 15 avril, je rentre normalement les revenus des concours des Field de Printemps. Ensuite, d’avril à juillet, je dresse des chiens pour la chasse, aussi bien pour la compétition que pour débourrer de jeunes chiens. Les gens actuellement appellent et je suis dans l’impossibilité de leur dire : « OK, venez à telle date ou rendez-vous après-demain vers 14h00 ».

Dans cette profession qui réclame beaucoup de temps et énormément de passion, les dresseurs sont régulièrement amenés à voyager sur le plan international avec des véhicules qui leur permettent de loger de nombreux chiens qu’ils vont présenter dans les Field-trials.

« J’ai juste envie qu’on nous laisse travailler rajoute Bruno : je dispose de 9 hectares pour dresser et entrainer et je n’ai donc aucun contact humain : je veux juste que puissions recevoir nos clients dans des conditions sanitaires responsables ». Il a un parc de plusieurs dizaines de d’hectares à quelques kilomètres de son élevage, où il est seul, sans aucun contact avec l’extérieur.
« Aller les chercher chez eux ? Comment voulez-vous que nous fassions car j’ai des clients qui sont éparpillés dans l’hexagone il m’est donc impossible d’aller chercher tous leurs chiens. Ils sont fidèles et ils patientent, certes, mais nous, nous n’avons pas un centime qui rentre pour couvrir nos frais, nos crédits, etc… depuis le 15 mars ».  

Cela fait plus d’un mois et demi que les dresseurs n’ont plus aucun revenu. Pour eux, ce qui est perdu est perdu : « j’ai besoin de travailler, laissez-moi travailler ! » implore Bruno.

 

 

Plus de revenus

Tous ont un discours similaire et parfaitement compréhensible : ils ont besoin de travailler. L’un d’eux soulignait que leur métier est également très lié à l’Agenda des concours. Leur annulation au Printemps, juste avant la période de confinement national, a généré beaucoup de frustration. Car des chiens avaient été dressés et préparés avec cet objectif : sortir en Championnat !

« Concrètement, les clients paient l’entrainement avant les concours, et quelques jours avant le jour J, nous leur annonçons que tout est annulé… ».

Si la pension demeure une activité mineure pour la plupart des dresseurs, la SEULE activité qui « tourne » c’est l’élevage et ils font tout pour livrer les chiots sans trop impacter le prix de vente initial. Sur ce thème de l’élevage, certains sont mêmes étonnés de la demande en cette période de confinement : le prix importe peu, ce que les clients souhaitent c’est avoir leur chiot le plus rapidement possible. Ils connaissent bien l’élevage et le dresseur, et ne se posent pas d’autre question que d’avoir « leur chiot ».

Pour mémoire, tout dresseur digne de ce nom, possède une licence propriétaire (pour conduire ses propres chiens) ou une licence de conducteur (pour les chiens de ses clients). Généralement le travail se fait sur réservation tant pour les jeunes chiens à débourrer que pour préparer un chien de concours. Et dans ce moment très compliqué, les annulations sont quasi inexistantes mais il sera impossible de rattraper le temps perdu.

 

Ils attendent tous la possibilité de recevoir leur (s) client (s) venus leur amener des élèves. C’est peu demandé mais c’est tout pour eux. Une passion dévorante, qui les occupe 365 jours par an, avec trois activités distinctes mais parfaitement complémentaires. Et ne voir personne venir à la porte, ne serait-ce que quelques minutes, avec un masque, une distanciation et toutes les règles d’usage face au Covid-19 ne peut que les rendre encore plus amères. Ils attendent avec anxiété un geste du Ministère pour sauver leur profession. 

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