Interview de Yves De Clercq

Le maître mot des dirigeants de la Fédération Cynologique Internationale est : stay home« restez à la maison », dans un contexte où quasiment les 99 pays membres sont confrontés, non seulement à la pandémie, mais également à une période de confinement plus ou moins longue. Yves De Clerq, entré en 1994 comme employé et nommé Secrétaire Général le 1er janvier 1998 – poste renommé par la suite Directeur Exécutif – fait le point avec nous

  • SCC : La FCI est confrontée à une crise sans précédent dans son histoire, à l’exception des périodes de la 1ère et de la 2ème Guerre Mondiale où ses activités furent mises en berne. Aujourd’hui, comment la FCI réagit face à cette pandémie qui touche la cynophilie mondiale ?

Yves De Clercq : Avant tout, avec calme, prudence et respect des consignes.  La priorité est et doit rester la santé du personnel de la FCI avant tout et de toute personne impliquée dans le monde canin, qu’elle soit employée d’une organisation canine nationale, juge, éleveur ou autre.  Il sera temps de faire un premier bilan lorsqu’une sortie de confinement sera officiellement décidée.  De plus, il ne faut pas oublier que pour nos membres (les organisations canines nationales) et plus encore pour la FCI en tant qu’institution, le caractère « international » prend toute son importance.  Il ne suffit pas que la situation s’améliore dans l’un ou l’autre pays d’Europe ou d’Asie ou d’Amérique, l’amélioration doit être mondiale pour que l’on puisse envisager une sortie de crise.  Nous avons par ailleurs assoupli les conditions de report d’organisation d’expositions afin de permettre au plus grand nombre, dans la mesure du possible, de pouvoir organiser leurs expositions annuelles ou les divers Championnats de Section ou Mondiaux.  De plus, les conditions de payement divers dus à la FCI ont été rendues plus souples également, bien conscients des difficultés financières que connaissent et connaîtront bon nombre de nos membres.  Le bon sens et la solidarité entre membres doivent être les piliers sur lesquels nous pourrons nous appuyer.

 

  • Votre message est très clair à l’attention des possesseurs de chiens de race : « be responsible, stay at home, save lives » !  Avez-vous des retours de cette campagne relayée sur les réseaux sociaux ?

La FCI est statutairement et traditionnellement une institution orientée vers les organisations canines nationales, et non pas les éleveurs.  Par conséquent, les éventuels retours de notre campagne sont adressés ou redirigés vers les organisations canines nationales.  Nous pensons toutefois qu’il est de notre rôle de sensibiliser tout un chacun sur l’importance de rester chez soi et de « profiter » précisément de la présence de nos amis les chiens.

 

  • Le 2 mars dernier, vous avez publié un communiqué du Président Tamas JAKKEL invitant les juges et exposants à suivre les conseils d’hygiène face au coronavirus, mais surtout de suivre les règles au niveau de chaque pays face à la pandémie. Quel est votre point de vue un mois et demi après ce premier communiqué ?

Ces recommandations ont été rédigées à l’époque à la suite de notre inquiétude relative à la tenue de l’exposition Mondiale à Madrid.  Mais plus les heures passaient, et plus il s’est avéré que ce que nous recommandions pour la Mondiale allait malheureusement devoir s’appliquer pour un nombre très important d’expositions (et nous ignorions alors l’ampleur que prendrait la pandémie, qui n’en était alors pas une !).  Il va de soi que nous tiendrions aujourd’hui le même discours et que lorsque le déconfinement aura été prononcé et que les expositions pourront à nouveau avoir lieu. Nous rappellerons plus que probablement ces règles de bonne conduite et de bon sens, que tous les gouvernements ont adoptées.  Venant d’un pays particulièrement touché par le Covid-19, nous ne pouvons que conseiller de suivre scrupuleusement les instructions gouvernementales.  La FCI n’a en quelque sorte fait qu’appuyer ce que les dirigeants politiques demandaient.  En aucun cas, la FCI ne tient à se substituer à une organisation de santé internationale.  Les lois nationales prévalent et nous nous alignerons toujours sur celles-ci lorsque nous donnons des recommandations.

Yves

  • Au rang des nombreuses activités de la FCI, figurent les expositions canines internationales et les épreuves et concours dans toutes les disciplines reconnues. Dans l’état actuel des choses, comment la FCI gère ce qui s’annonce comme un quadrimestre sans aucun événement cynophile (mars, avril, mai et juin) ?

Nous en prenons acte et nous comprenons tout à fait la situation, qui ne résulte pas de choix délibérés.   Comme indiqué précédemment, les conditions de demandes ou de reprogrammations d’expositions ont été assouplies, voire annulées.  Nous comptons à présent sur la coopération et la solidarité entre les organisateurs (expositions et autres concours) pour aménager des calendriers viables pour tout le monde, dans l’intérêt de la plus grande majorité.  Il sera impossible d’éviter des pertes et des frustrations mais tous ensemble, faisons notre possible pour les ramener à leur plus simple expression.

 

  • Au niveau administratif, comme le siège de la FCI s’organise pour continuer un minimum d’activités, notamment au niveau de l’homologation des titres et de la concession des affixes ?

Notre équipe est en télétravail depuis environ le 20 mars avec une connexion parfaite à l’environnement informatique professionnel.  Par ailleurs, en cas d’absolue nécessité, tout employé peut facilement venir au bureau et récupérer l’un ou l’autre dossier, voire même travailler sur place.  Nous sommes en effet tout à fait à même de garantir à chacune d’elles un environnement professionnel offrant sécurité et distanciation sociale.  J’ai toutefois pris la décision dès le début du confinement de mettre toute l’équipe en télétravail.  A titre personnel, je vais tous les matins à la FCI pour entre autres réceptionner le courrier postal, le dispatcher et répondre à l’une ou l’autre demande qui demande malgré tout une présence physique.  La gestion des affixes, des résultats d’expositions et épreuves ainsi que les demandes de titres suivent tout à fait leurs cours et les légers retards constatés dernièrement sont d’ailleurs sur le point d’être totalement résorbés.

 

  • Sur le plan international, comment la FCI peut aider d’une manière ou d’une autre les 99 Kennels clubs membres de la Fédération qui sont confrontés à une baisse notable de leurs activités d’élevage et de sélection donc de leurs revenus ?

Comme je l’ai indiqué, nous avons assoupli les conditions de payement.  A l’heure actuelle c’est la seule décision d’ordre financier qui a été prise.  Il ne faut pas oublier que la FCI dépend des activités de ses membres.   Par conséquent, si ces derniers sont privés de rentrées, nous le sommes tout autant.  Trouver une mesure de soulagement reposant sur un dénominateur commun n’est pas chose aisée.  En reportant les dates de payement des factures, nous tentons de soulager la trésorerie de TOUS nos membres.  Comme indiqué ci-dessus la levée des exigences liées à l’organisation des expositions constitue l’autre mesure-phare qui a été décidée.

 

  • Le travail des différentes commissions est-il totalement arrêté ?

Totalement.  Certaines commissions ont tenu une réunion en ligne mais leur nombre est très restreint.  Tous, nous espérons un déconfinement partiel dans un avenir « relativement proche ».  Le Comité Général pour sa part travaille actuellement par email mais la possibilité de réunions en ligne sera creusée en fonction de la nature des problèmes à traiter.

 

  • Que vous impose la législation belge en matière de lutte contre le COVID-19 ?

Au niveau des entreprises, le télétravail est obligatoire sauf si l’employeur peut garantir la distanciation sociale.  S’il ne le peut l’entreprise doit alors fermer.  Pour le reste, le confinement est assez strict mais nous pouvons toutefois encore sortir pour faire de l’exercice (toujours avec le respect de distanciation sociale) mais il est interdit de s’attarder dans les parcs pour prendre le soleil par exemple.  Nous pouvons aussi nous déplacer, sans attestation, pour les choses essentielles (travail, courses alimentaires, réparation de lunettes, visite médicale, etc.).

 

  • Quels messages souhaiteriez-vous faire passer aux cynophiles français, autant les exposants, que les éleveurs ou les pratiquants dans une ou plusieurs disciplines sportives ?

Je suis un éternel optimiste et respectueux de l’autorité.  Plus les gens respecteront le confinement, plus vite nous viendrons à bout de ce fléau et pourrons retrouver plus de liberté d’action.  Je crois dans le bon sens collectif et je reste persuadé que nous sortirons de la crise dans les prochaines semaines.  A toutes les personnes possédant un chien ou en passe d’en acquérir, profitez de cette période de turbulence pour être « à l’écoute » de votre chien, pour partager avec lui des activités que vous reportez parfois par manque de temps ou d’envie.  Tout comme nous redécouvrons la nature, le plaisir d’écouter les oiseaux chanter, apprenons à vivre à nouveau en harmonie avec notre ami à quatre pattes, emmenons-le faire de plus longues promenades, accordons-lui de plus longues minutes d’attention et de câlins.  Voilà sans aucun doute une conséquence « positive » de cet horrible film de terreur que nous sommes obligés de regarder depuis plus d’un mois.

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