Avoir des chiots pendant le confinement

Cette période très troublée due au virus  SARS-coronavirus-2, responsable du Covid19 humain, est compliquée pour tous les éleveurs. En effet, le confinement imposé par les autorités sanitaires en France limite grandement les interactions indispensables pour le bien-être actuel et futur des chiots. Il est donc important de mettre en place des mesures barrières pour empêcher les pathogènes d’entrer dans l’élevage, tout en garantissant un épanouissement comportemental maximal des chiots.

 

Protéger des maladies infectieuses classiques

Selon les régions et la pression infectieuse présente, les déplacements sont plus ou moins compliqués, même pour se rendre chez son vétérinaire. Certes, les urgences et pathologies importantes sont parfaitement suivies, mais concernant les vaccinations des chiots, la question reste posée et la réponse dépend beaucoup des instances et des vétérinaires concernés. Ce qui est fondamental, c’est de bien se souvenir de la protection des chiots, lors de la naissance.

Avant 2 mois, le chiot possède encore des anticorps de sa mère, ingérés par le colostrum juste après la naissance. Normalement celui-ci est donc protégé au début de sa vie. La plupart des chiots sont protégés pendant leurs premières semaines de vie par les anticorps maternels. Chez la plupart des chiots cette immunité aura disparu à l’âge de 8-10 semaines, elle ne sera plus à un degré qui permet une immunisation active. Les chiots avec peu d’anticorps maternels sont potentiellement vulnérables (mais aussi capables de répondre à une vaccination) à un âge plus jeune, tandis que d’autres peuvent avoir des titres d’anticorps tellement hauts, qu’ils sont incapables de répondre à une vaccination jusqu’à l’âge de plus de 10 semaines ! C’est une des raisons pour lesquelles les chiots ne sont que rarement vaccinés avant l’âge de 7-8 semaines, et qui peut conduire votre vétérinaire à proposer une troisième injection à l’âge de 16 semaines.

Le risque est donc important à partir de 7-8 semaines chez les chiots. Il est ainsi très important de limiter au maximum, tant que la primovaccination n’est pas réalisée, les risques d’entrée sur l’élevage des pathogènes. Comme pour nous, les mesures barrières sont très efficaces. Il faut impérativement les suivre à la lettre, jusqu’à la protection des chiots.

  1. Nettoyage des mains de l’éleveur avec du savon puis, une fois séchées, frottées avec un gel hydroalcoolique. Cette action doit être réalisée avant tout contact avec les chiots ou la mère des chiots.
  2. Porter des chaussures particulières dans la maternité (de préférence lavables voire désinfectables). Il est important que les chaussures de l’extérieur ne rentrent pas dans la maternité, afin de ne pas transporter des germes de l’extérieur vers la maternité.
  3. Porter une blouse ou se changer avant d’entrer dans la maternité. Là encore, c’est le portage des germes que l’on veut éviter. Il faut donc changer de pull et de pantalon lors des manipulations des chiots.
  4. Bien aérer la maternité dans les heures chaudes de la journée.
  5. Bien laver ou désinfecter tous les objets qui entrent dans la maternité, qu’ils proviennent du reste de l’élevage, de la maison ou d’un magasin.
  6. Eviter la venue de personnes étrangères à l’élevage dans la maternité, voire dans l’ensemble de l’élevage si cette venue n’est pas indispensable.

 

Cute labrador retriever puppies on white background

Anticiper les besoins

L’anticipation des besoins permet de répondre aux exigences de la situation sans prendre le risque de pénurie ou d’intrusion de germes au sein de l’élevage. Il est important de penser au stock de nourriture, de petit matériel indispensable dans la maternité, afin de limiter les aller-retour entre le magasin et l’élevage, mais aussi les aller-retour au sein même de l’élevage. Il peut donc être intéressant de stocker dans la maternité du matériel destiné à celle-ci. Ainsi la désinfection et le temps de quarantaine de ces instruments et matériels seront efficaces pour limiter le risque d’introduction des germes dans la pièce.

La maternité représente le noyau de l’élevage. À cet égard, elle doit faire l’objet de précautions et de surveillances particulières, car elle héberge les chiens les plus fragiles de l’exploitation : les chiots et les mères. Ce lieu doit à la fois permettre une hygiène irréprochable, mais aussi permettre le calme, le confort et une sérénité pour les mères et les nouveau-nés. Progressivement, ce lieu doit apporter le développement nécessaire aux très jeunes chiots.

Cependant, pour réussir le développement psychologique des chiots, ces derniers doivent être exposés à des stimulations extérieures et il faudrait ainsi garder un élevage ouvert sur l’extérieur, afin que le chiot puisse découvrir le monde et s’habituer au monde façonné par les humains. L’adéquation entre le milieu de développement et le futur milieu de vie doit rester un objectif à atteindre pour tout éleveur vendant sa production. Evidemment, cela devient compliqué en cette période, il faut donc anticiper le matériel nécessaire à apporter cette ouverture dans la maternité : cd de bruits, radio, télévision, jeux éducatifs…

 

La conduite de la socialisation en temps normal

Dès la gestation, le fœtus interagit avec son environnement et l’éleveur peut d’ores et déjà agir sur les capacités de perception du futur chiot et donc initier la mise en place des filtres de perception. En effet, le fœtus n’est pas isolé de son environnement ; il possède in utero des compétences tactiles, gustatives et émotionnelles. Les chiots réagissent dès le 45ème jour à une palpation des cornes utérines de la chienne. L’intensité de ces réactions diminue avec le nombre des stimulations (phénomène d’habituation). Ceci joue probablement un rôle dans la mise en place des seuils de sensibilité tactile.

Une fois les chiots nés, les premiers jours sont très calmes, les chiots dorment 90 % du temps. Pendant ces jours, il est impératif de respecter le temps de sommeil et de réaliser des stimulations tactiles régulières (comme lors des pesées par exemple).

L’absence d’attachement et de maternage peut avoir de graves conséquences pour la vie future du chien. L’absence de maternage est à l’origine de troubles très déficitaires du chiot (dépression de détachement précoce). Il est alors possible d’envisager des imprégnations hétérospécifiques par un individu d’une autre espèce et tenus à l’écart de leur espèce jusqu’à environ quatre mois.

Plus les chiots grandissent, plus les troubles de la socialisation peuvent apparaître, engendrant de graves problèmes de communication et des conflits avec les congénères. Il est donc important de laisser les chiots avec leur mère jusqu’à 7 semaines. En cas d’impossibilité (chiots orphelins), il convient de les mettre en présence d’adultes normosocialisés. Pour fournir des chiots capables de vivre norma­lement en famille, dans une ville, …, il est indispen­sable que le milieu de développement leur per­mette d’être confrontés à de nombreux stimuli. Il est primordial pour les éleveurs de socialiser au maximum les chiots et de les habituer au maximum de stimuli différents, grâce à des tapis d’éveil, des disques de bruitage et un enrichissement du milieu de vie (jeux éducatifs, obstacles d’école des chiots…).

Jusqu’à 7 semaines, le chiot est attiré par ce qui est nouveau. À partir de 7 semaines, les expériences doivent être positives pour participer à cette socialisation. Après 14 semaines, l’aversion domine. La socialisation interspécifique est moins facile à réaliser et moins stable que la socialisation intraspécifique et nécessite des rappels. La généralisation aux caractères supra-individuels est plus difficile. La socialisation interspécifique est plus sensible aux expériences défavorables. Elle permet de prévenir les comportements de prédation. Il est donc important de mettre précocement le chiot en présence d’individus de types différents (hommes, femmes, enfants etc…), de le mettre en contact avec d’autres espèces et différents individus de ces espèces.

 

 

Alaskan malamute puppy eating food from bowl.  isolated on white background.

Développer les capacités adaptatives en période de confinement

 

Si pendant les 15 premiers jours de vie des chiots, la maternité doit être un havre de paix et de « zenitude », il est normalement fondamental que celle-ci s’ouvre au monde dès les 3 semaines des chiots et jusqu’au départ de l’élevage. En effet, cette période correspond au développement du système nerveux du chiot et conditionne en grande partie ses capacités futures d’adaptation au monde extérieur : mise en place du filtre sensoriel, apprentissage des codes de communication inter et intraspécifique, socialisation, …

Dès que le chiot a trois ou quatre semaines, il est possible de développer ses premières capacités sensorielles : tapis d’éveil, boîtes à odeurs, agrès de proprioception, … Puis après deux mois, les chiots doivent percevoir les bruits et les stimulations de leur vie future. Dans cette période de confinement, cela demande plus d’investissement de la part de l’éleveur. Il faudra en effet s’adapter, en utilisant la télévision, la radio ou les cd de bruits enregistrés pour les familiariser avec les stimuli de notre vie courante. Evidemment, les membres de la famille doivent être mis à contribution : mari, femme, enfant…

Quelques exemples d’enrichissement :

  1. Jeux interactifs type boule à croquettes
  2. Jeux avec un membre de la famille, tous les chiots ensemble
  3. Jeux avec un membre de la famille, un chiot après l’autre, dans une autre pièce
  4. Cacher une radio dans des peluches
  5. Jeux de lumières type « boite de nuit »
  6. Varier l’intensité du son de la télévision
  7. Allumer un moteur thermique (tondeuse, taille-haie, coupe bordure)
  8. Enregistrer des sons de voiture et klaxon et les mettre devant les chiots
  9. Ouvrir un parapluie devant les chiots

Le choix des bruits est multiple, les situations sont toutes différentes et intéressantes… il n’y a pas de mauvaises idées. Il faut simplement respecter des distances permettant aux chiots de s’habituer. Les situations doivent être contrôlables afin de ne pas traumatiser les chiots : il faut que les stimuli soient gérables, c’est-à-dire contrôlables en intensité et en durée. Si un chiot a peur, il faut immédiatement jouer le contre conditionnement. Le but est de les habituer aux bruits et non de les rendre phobiques ! Tout est donc dans la mesure et la patience, comme toujours.

Par le docteur vétérinaire Alexandre Balzer, CEAV de Médecine Interne et DU de Psychiatrie Vétérinaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *