Rappels à propos de la consanguinité et de l’élevage avec des sujets merles

En 2018, le comité de la Société Centrale Canine a pris, sur proposition de la Commission Élevage, deux décisions restreignant les accouplements de sujets porteurs de l’allèle « merle », d’une part, et les accouplements à consanguinité rapprochée, d’autre part. Source G LEROY

Pour rappel, il est interdit de produire une portée de deux individus porteurs de l’allèle de couleur « merle », et ce quelle que soit la race. Aucune déclaration de saillie ne sera acceptée si un tel cas se présente.



De même, il n’est plus possible de réaliser des accouplements père-fille, mère-fils et frère-sœur, SAUF DEROGATION EXCEPTIONNELLE accordée par le club de race. Ce qui implique que la déclaration de saillie ne sera possible qu’accompagnée de la dérogation accordée par le club.


Ces deux décisions interviennent dans un contexte de prise en compte croissante de la santé et du bien-être animal, tant à l’échelle du monde de l’élevage qu’au niveau juridique. Ainsi, la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, ratifiée par la France en 2003, précise par exemple que « les éleveurs sont tenus de prendre en compte les caractéristiques anatomiques, physiologiques et comportementales qui sont de nature à compromettre la santé et le bien-être de la progéniture ou de la femelle ». L’interdiction des accouplements entre porteurs de l’allèle merle s’inscrit clairement dans la lignée de la convention. L’association entre l’allèle merle et un large panel de troubles auditifs et ophtalmologiques pour les individus homozygotes à cet allèle est bien connue (Strain 1999).  Dans une de ses directives, la FCI incitait d’ailleurs, à propos du Dogue allemand, à ne jamais croiser deux sujets arlequins, afin d’éviter que naissent au sein des portées des chiots victimes de ces troubles. D’autres clubs incitent aussi depuis plusieurs années à éviter de tels accouplements. Une généralisation de ce principe à l’ensemble des races allait donc de soi.  

Ainsi, la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, ratifiée par la France en 2003, précise par exemple que « les éleveurs sont tenus de prendre en compte les caractéristiques anatomiques, physiologiques et comportementales qui sont de nature à compromettre la santé et le bien-être de la progéniture ou de la femelle ». L’interdiction des accouplements entre porteurs de l’allèle merle s’inscrit clairement dans la lignée de la convention. L’association entre l’allèle merle et un large panel de troubles auditifs et ophtalmologiques pour les individus homozygotes à cet allèle est bien connue (Strain 1999).  Dans une de ses directives, la FCI incitait d’ailleurs, à propos du Dogue allemand, à ne jamais croiser deux sujets arlequins, afin d’éviter que naissent au sein des portées des chiots victimes de ces troubles. D’autres clubs incitent aussi depuis plusieurs années à éviter de tels accouplements. Une généralisation de ce principe à l’ensemble des races allait donc de soi.  

La consanguinité, c’est-à-dire l’accouplement entre individus plus ou moins apparentés, constitue une problématique autrement plus complexe. Il convient tout d’abord de rappeler qu’en élevage, la consanguinité est un phénomène qu’il est souvent impossible à éviter totalement. Du fait que la reproduction se fait au sein de populations généralement fermées, même au sein de races d’effectifs importants, en remontant suffisamment loin dans les généalogies, il est toujours possible de trouver un ancêtre en commun entre les parents, et donc de la consanguinité. Chez le chien et dans d’autres espèces, la consanguinité a aussi longtemps été utilisée de manière intentionnelle, c’est-à-dire en accouplant des reproducteurs plus apparentés que la moyenne de la population, afin d’homogénéiser des individus ou des lignées. Cette pratique n’est cependant nullement indispensable à la sélection, et dans les espèces de production, les éleveurs évitent les accouplements entre proches apparentés (Leroy et al. 2015). La raison pour laquelle la consanguinité est problématique pour le bien-être animal réside dans le risque de fixer des allèles récessifs délétères à la santé des animaux. À l’échelle individuelle, ce n’est pas tant le fait qu’un individu soit consanguin que son niveau de consanguinité, qui pose problème. Le coefficient de consanguinité mesure à ce titre la probabilité pour que deux allèles que possède un individu en un gène quelconque soient identiques par descendance (du fait d’un ancêtre commun). Plus ce coefficient est important, plus l’individu risque d’exprimer des allèles récessifs délétères, certains individus très consanguins pouvant cependant, par effet du hasard, être en bonne santé. Chez le chien, plusieurs études ont cependant été en mesure de montrer un lien entre le niveau de consanguinité et l’expression de certaines maladies telles que la dysplasie de la hanche (Mäki et al. 2001, Ólafsdóttir and Kristjánsson 2008).


Afin de mieux caractériser la consanguinité en termes de pratiques et de conséquences pour le cheptel français, la SCC a commandité au cours des dernières années une série d’études. Le coefficient de consanguinité augmentant par seuil, de manière d’autant plus importante que celle-ci est rapprochée, les proportions d’accouplements entre demi-frère-sœur (c’est-à-dire produisant un coefficient de consanguinité d’au moins 12,5%), et d’accouplements entre père-fille, mère-fils ou frère-sœur (c’est-à-dire produisant un coefficient de consanguinité d’au moins 25%) ont été estimées sur l’ensemble des 44,733 portées inscrites au LOF en 2014. Dans le premier cas (accouplements entre demi-frère-sœur), 1004 portées ont été constatées soit environ 2,2% du total, le second type d’accouplements (d’accouplements entre père-fille, mère-fils ou frère-sœur) représentant 422 portées, soit environ 0,9% du total. On peut donc considérer que les accouplements à consanguinité rapprochée correspondent à une pratique relativement rare, quoi que non négligeable, chez le chien de race.


En parallèle, pour mieux comprendre les effets de la consanguinité sur la santé des chiens, une autre étude s’est intéressée à estimer ses effets sur les survies pré et post-natales, en considérant comme paramètres la taille de portée et la longévité, pour 7 races canines. L’impact des consanguinités des portées et des lices sur la taille de ces portées a été estimé autour de 0,5% par % de consanguinité, soient une diminution moyenne de 12,5% de la taille de la portée pour une portée avec une consanguinité de 25% (accouplements entre père-fille, mère-fils ou frère-sœur). En ce qui concerne la longévité, si on prend l’exemple de l’Épagneul breton ou du Berger allemand notamment, entre les chiens avec des coefficients de consanguinité inférieurs à 6,25% et ceux avec des coefficients de consanguinité supérieurs à 12,5% (accouplements demi-frère-sœurs), une diminution moyenne de longévité de plus d’une année a été observée. Pour un accouplement entre père-fille, mère-fils ou frère-sœur, on s’attendra à ce que cette diminution soit, en moyenne, doublée.


Sur la base de ces analyses qui rejoignent les conclusions de la plupart des études sur le sujet, il apparait difficile de nier les conséquences de la consanguinité, en tant que pratique, sur le bien-être et la santé des chiens ainsi produits. La commission d’Élevage de la SCC a donc proposé de restreindre les accouplements les plus consanguins c’est-à-dire ceux entre père-fille, mère-fils et frère-sœur. On notera qu’à l’instar des Kennels Clubs Suédois ou britanniques, plusieurs autres organismes nationaux restreignent depuis plusieurs années ce type d’accouplement.

Avec notamment le développement de la génomique ou des index génétiques, un nombre croissant d’outils permettant d’évaluer le potentiel génétique des chiens en termes de santé sont à la disposition des éleveurs et des clubs.

Le sujet de leur utilisation équilibrée dans les programmes d’élevage, c’est-à-dire prenant en compte l’ensemble des critères tant liés à la santé, que morphologiques ou comportementaux, en laissant une liberté de choix aux éleveurs, constitue une problématique majeure pour l’avenir de la sélection du chien.     

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